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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 09:15

La communauté internationale avait suivi de très près la dernière élection présidentielle en Iran du 13 juin dernier, mettant fin à la parenthèse ouverte après la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad, en juin 2009, alors que, depuis plus d’un an, l’Iran traversait une nouvelle période de crise dans ses relations avec plusieurs Etats du monde (Etats-Unis, Israël, l’Union européenne, etc.) et des difficultés économiques croissantes.


Dans l’attente de l’élection, les iraniens s’interrogeaient sur la place qui leur serait attribuée dans le déroulement de ce processus. Les Européens se félicitaient des résultats de leurs sanctions vis-à-vis de l’Iran. Dans le même temps, les sénateurs russes se rendaient en Iran pour évoquer les questions de coopération économique et les Américains, « par précaution », vendaient des armes à Israël, l'Arabie Saoudite et les Emirats. Tous imaginaient les divers scénarios possibles de l’issue de l’élection, mais surtout pour la suite…


Nous sommes le 24 septembre 2013 et Hassan Rohani fait ses premiers pas de président nouvellement élu. Sa position sur le dossier nucléaire est claire : "Le peuple iranien veut se développer et ne cherche pas à fabriquer l'arme atomique" (Le Monde, le 22 septembre 2013). L’abandon du programme nucléaire n’est donc pas à l’ordre du jour, mais ceci n’étonne pas grand monde. Le développement du nucléaire constitue l’un des piliers de l’identité iranienne moderne, diront les connaisseurs de l’Iran. Pas de changement radical par rapport à son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad, donc. En revanche, les changements pourraient venir de l’évolution de l’image que la communauté internationale se fait d’un Iran nucléaire – et c’est justement ce que se donne comme mission Hassan Rohani lors de ses derniers déplacements diplomatiques. "S'ils (les Occidentaux) acceptent ces droits, le peuple iranien est un peuple rationnel, féru de paix et d'amitié. Il est prêt à coopérer et nous pouvons tous ensemble régler les problèmes de la région et même du monde"(Le Monde, le 22 septembre 2013). Changer les représentations apparaît comme la seule option possible dans la résolution du conflit entre l’Iran et les Occidentaux, mais c’est aussi la tâche la plus dure !


Quelles sont nos chances, dans les prochains mois, d’assister sinon à une réconciliation, du moins à un apaisement dans les relations entre l’Iran et les Occidentaux ? M. Rohani semble déterminé dans sa politique d’ouverture à l’Occident, comme le démontre la nomination, de Mohammad Javad Zarif, un diplomate, dans la gestion du dossier nucléaire, accompagnée d’autres nominations qui place désormais cette question hors du champ de la seule sécurité nationale, proche des religieux. Cette ouverture paraît indispensable dans un pays fortement déstabilisé de l’intérieur. L’Iran est innervé par des dissensions entre les religieux et le pouvoir politique, des crises internes au sein du pilier politique du système institutionnel iranien, des contradictions de plus en plus spectaculaires entre la forme du pouvoir, héritière de la Révolution  islamique de 1979, et une société de plus en plus jeune (plus de 60% des Iraniens n’ont pas connu la Révolution), dynamique, éduquée et moderne, une société qui s’ouvre au monde et remet de plus en plus en cause l’attachement aux valeurs de la Révolution islamique. La détermination de M. Rohani s’explique aussi par les difficultés économiques que traverse son pays depuis le début des sanctions européennes et américaines. La possibilité d'un accord entre l'Iran et la communauté internationale a fait naître un grand espoir dans les milieux d'affaires iraniens qui subissent les conséquences des sanctions imposées. Nombreux sont les secteurs de l’économie qui sont touchés : militaire, nucléaire, bancaire, pétrolier, automobile et bien d’autres. Les conséquences négatives sont  multiples : hausse du chômage, inflation, pénuries de certains produits (dont les médicaments), etc.

 

L’engagement de M. Rohani pour un apaisement des tensions avec la communauté internationale semble être inéluctable. Mais la Communauté internationale, est-elle prête à porter un nouveau regard sur l’Iran ? A ce jour, il semblerait effectivement que la personne du réformiste Hassan Rohani suscite de la curiosité, prudente ou enthousiaste, dans le monde : les rencontres entre le président iranien et ses homologues français et américain en marge de l'Assemblée des Nations unies et sa participation aux discussions de celle-ci en sont des preuves. Cependant, dans le contexte de la crise syrienne, une véritable réconciliation est loin d’être gagnée. Est-il possible de dissocier la question nucléaire en Iran (et donc les sanctions associées) du contexte géopolitique général dans la région ? Les Occidentaux, seront-il prêts à traiter le dossier nucléaire en ignorant la récente déclaration de M. Rohani affirmant que l’instabilité régnant "en Libye, en Tunisie, en Égypte, au Yémen, à Bahreïn et en Syrie" sont "des éléments d'un seul complot" pour "renforcer le pouvoir d'Israël" et "affaiblir le front de la résistance contre l'Occident et Israël". Enfin, l’Iran échangera-t-il les concessions sur le dossier syro-libanais contre des avancées en sa faveur sur le nucléaire ? Rien n’est moins évident… Comme toujours au Moyen Orient !

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