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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 11:30

L’Asie centrale est l’une des grandes absentes de la presse internationale, surtout quand on compare son actualité avec celle, abondante du Moyen Orient, de l’Europe et de l’Afrique. La progression de Daesh, la menace d’Ebola, la querelle budgétaire entre Bruxelles et le Royaume-Uni, les négociations climatiques internationales à Bonn – autant de sujets qui font régulièrement ces derniers temps la première des pages des journaux.

L’Asie centrale est ainsi classée, de fait, parmi les zones du monde « stables » et/ou « sans intérêt » . A tort. certes, si on s’arrête un instant sur l’évolution du Failed States Index de ses pays, établi par Fund for Peace, on constate que depuis 2007, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan et le Tadjikistan ont amélioré leur scores en passant, par exemple, de la 22e à la 48e  place en 2014 dans le cas de l’Ouzbékistan, de la 41e à la 58e place dans le cas du Kirghizistan.  Ce dernier fait même partie du top 10 des pays ayant connu les meilleures améliorations de scores entre 2013 et 2014 ! Cependant, cette ascension fulgurante reste à relativiser, les pays de la zone restent classés parmi les pays de « très haut » à « haut » risque (le Turkménistan se positionnant en meilleur élève par rapport à ses voisins).

Les sources de déstabilisation sont nombreuses : faible diversification des économies, tensions interétatiques et entre groupes claniques, faiblesse des institutions, dépendance des transferts d’argent de l’étranger, difficile gestion des frontières, etc.

Le récent rapport de l’International Crisis Group de septembre 2014 concerne l’une des multiples sources de tension entre les pays d’Asie centrale, notamment le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan : l’eau. Le problème de gestion de l’or bleu n’est pas nouveau dans cette partie du monde. Depuis 1929, la région est l’une des plaques tournantes de la production soviétique de coton et il en résulte une surexploitation des ressources en eau. La centralisation et la planification de l’économie soviétique ont eu des conséquences très néfastes dans ce domaine pour cette région. Le canal de Karakoum, au Turkménistan, est le symbole de cette surexploitation agricole.

Depuis la fin de la période soviétique et l'indépendance des pays de la région, le problème semble acquérir une nouvelle dimension. Chaque État développe sa propre politique de développement aux dépens des autres Etats, ce qui constitue un changement majeur par rapport à la période précédente, durant laquelle les conflits hydrauliques entre les cinq républiques étaient réglementés par le Ministère soviétique des réclamations et de la gestion de l'eau. Le rapport de l’International Crisis Group de 2002 présente, déjà d’ailleurs, l’eau comme l’une des principales causes de conflits en Asie centrale : « la compétition et la mauvaise gestion de l’eau entre les trois pays produisent des conflits armés et des tensions virulentes ». Le rapport de 2014 constate que les problèmes identifiés en 2002 – infrastructures inadéquates, mauvaise gestion et méthodes d’irrigation dépassées – restent non-résolus au point que la sécurité environnementale devient une urgence. L’incapacité de Bichkek Douchanbé et Tashkent à résoudre le problème de gestion de l’eau (notamment autour du Syr Daria et de l’Amu Daria), dans un contexte de relations interétatiques tendues et de compétition autour de ressources naturelles, pourrait se transformer à terme en un conflit ouvert entre ces différents États.

Les perspectives de cette situation concernant l’or bleu en Asie centrale paraissent bien sombres. Ces pays, fragiles, incapables d’engager une coopération efficace sur la question ressemblent à une bombe à retardement… D’autres conditions renforcent d’autant plus son potentiel « explosif » : le contexte démographique tendu (population en augmentation de dix millions d’habitants depuis 2000), le réchauffement climatique et la possible raréfaction de l’eau disponible dans cette région en partie désertique, à moins que l’urgence même de la crise entraine une coopération forcée aujourd’hui très chimérique.

 

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Published by Katia Zhuk - dans Asie
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