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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 16:45

La Russie, dont l’ambition absolue est de retrouver son rang parmi les grands de ce monde, utilise tout un éventail de moyens pour arriver à son but. La création et, surtout, la propagation de l’image d’une Russie puissante et prospère, sont au cœur des préoccupations russes. Les Jeux Olympique de Sotchi sont une occasion par excellence de contribuer à l’image de la Russie dans le monde telle que les pouvoirs russes souhaitent la diffuser, et ils y mettent les moyens…

Le comité d'organisation " Sotchi 2014 " a signé, depuis 2009, des accords de commercialisation avec huit partenaires nationaux : Mégaphone, Rostelecom, Les chemins de fer russes, Rosneft, Bosco Sport, Sberbank, Aeroflot et Volkswagen. Lors des derniers Jeux Olympiques de Londres en 2012, il n’y avait que sept partenaires nationaux, remarque le quotidien russe Védomosti. Les montants des contrats à Sotchi semblent être bien plus importants que ceux signés à Beijing ou à Vancouver. Les Jeux sont particulièrement cruciaux dans les affaires de Kremlin. En effet, cinq commanditaires nationaux de Sotchi sont des entreprises dans lesquelles l’Etat détient des parts. Toujours selon Vedomosti, les contrats signés par les entreprises partenaires ont été largement « appuyés par l’Etat ». En plus de ces partenaires nationaux, le comité d'organisation "Sotchi 2014" bénéficie du soutien de trois partenaires marketing ("Ingosstrakh», PwC et "Sportloto"), de 31 fournisseurs et 46 titulaires de licence - entreprises participant à la production de souvenirs utilisant les symboles des Jeux, dont la banque Tsentrobank, responsable pour la sortie des pièces et billets commémoratifs.

Les dépenses des Jeux Olympique de Sotchi s’élèvent à ce jour à 36 milliards d’euros, dont la moitié provenant du secteur privé. L'Etat russe a dépensé environ 700 milliards de roubles (17 milliards d'euros, soit plus que les dépenses de santé en 2013 !) : 200 milliards de roubles pour la construction de sites olympiques et environ 500 milliards de roubles pour l'aménagement d'infrastructures dans la ville. Ces chiffres dépassent amplement les estimations initiales du programme d'investissement global de 14 milliards d'euros. Un tel investissement ne peut que payer, ou du moins le doit-il !

La sécurité est un autre axe d’action du Kremlin. C’est ici, à Sotchi, vitrine internationale, que les autorités russes se doivent de montrer au monde entier qu’ils sont capables d’assurer la sécurité des participants, spectateurs et organisateurs. C’est ici et maintenant que le pouvoir russe doit plus que jamais pouvoir anticiper, prévenir et protéger contre tout désordre, des petits troubles mineurs aux attaques terroristes. Là aussi, tous les moyens sont utilisés. Selon le quotidien Gazera.ru, environ 30 milles nouveaux « uniformes noirs » ont été assignés à Sotchi. Ceci représente, par comparaison avec le nombre officiel d'habitants du « Grand Sotchi », soit 450 milles personnes, près d’un policier pour 15 citoyens. C’est cela, mettre les moyens en Russie ! Aujourd'hui, la mission principale de la police se résume à un « porte-à-porte » visant à rechercher des citoyens non enregistrés. Les formulaires des inspecteurs comportent des questions portant non seulement sur les lieux de résidence et d’adresse officielle, mais également sur la possession et le numéro d'identification des téléphones portables. Toutefois, si les résidents de Sotchi refusent de répondre à ces questions, la police suit l’ordre de ne pas entrer en conflit, toujours selon Gazeta.ru.

Les pouvoirs russes semblent particulièrement attentifs au travail des médias indépendants. Dans une affaire comme celle de Sotchi, il faut bien veiller à ce que tout soit sous contrôle, y compris l’information. Selon le rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), les autorités russes « empêchent le fonctionnement normal des journalistes à Sotchi » (ce rapport est disponible en russe et en anglais sur le site web de l'organisation). Ce document stipule que « les obstacles des autorités russes et l'autocensure pratiquée par les journalistes ont conduit à des restrictions sur la couverture des questions sensibles liées aux Jeux de Sotchi ». Le rapport décrit les « méthodes d’intimidation pratiquées contre les journalistes locaux et étrangers » et les obstacles « créés par les autorités dans leur travail de couverture préolympique ». Ces problèmes sensibles incluent l'exploitation des travailleurs migrants, les dommages environnementaux, l'expulsion forcée des résidents de Sotchi de leurs maisons, etc. Le rapport note également que «les médias d'Etat ignorent tout simplement ces sujets ». Mais qui va se soucier de ces inconvénients mineurs quand l’image de la nouvelle Russie est en jeu ? La beauté, ne demande-t-elle pas tous les sacrifices, à reprendre le fameux proverbe russe ?

L’année 2013 a été celle du retour de la Russie sur la scène internationale : Iran, Syrie, Snowden, etc. L’année 2014 commencera par une splendide mise en scène. Sage stratégie ou mauvaise gestion de priorités ? A suivre.

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Published by Katia Zhuk - dans Puissances
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