Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 15:30

Hugues Poissonnier est professeur à Grenoble Ecole de Management, spécialiste des marchés de l'énergie.

A mi-parcours, les premières négociations menées à Copenhague permettent d’établir une liste assez précise des difficultés qui demeurent en vue de l’obtention d’un accord ambitieux. Certains points de désaccord anticipés se révèlent moins prégnants qu’on ne pouvait l’imaginer. La quasi-totalité des pays représentés ont bien compris l’intérêt commun qui les unit sur les questions climatiques. Premiers touchés par les effets du réchauffement (inondations au Bangladesh et en Birmanie, manque d’eau  de plus en plus criant dans plusieurs pays africains,…), les pays en développement, pourtant prompts à défendre le maintien des conditions de leur croissance économique, ont pris conscience de la nécessité d’agir de concert avec les pays développés. Même la Russie s’est engagée plus qu’espéré dans une réduction massive de ses émissions de gaz à effets de serre, reléguant les propos récents de Vladimir Poutine, qui déclarait que le réchauffement climatique permettrait à ses compatriotes d’acheter moins de manteaux, au rang de mauvaise plaisanterie. Bien sur les engagements que proposent de prendre les uns et les autres diffèrent. La Chine et l’Inde (premier et quatrième émetteurs de gaz à effet de serre) notamment ne souhaitent s’engager que sur des objectifs de réduction de leur intensité carbonique (40 à 45 % pour la Chine et 20 à 25 % pour l’Inde d’ici 2020 par rapport à 2005). Cette intensité carbonique se réfère à la quantité de carbone utilisée pour générer une unité de PIB et constitue pour ces pays un objectif permettant de ne pas pénaliser la croissance en cours. Avec le Brésil et l’Afrique du Sud, ils n’oublient pas de rappeler à la moindre occasion que la responsabilité historique des pays développés doit faire peser sur ces derniers des contraintes plus importantes aujourd’hui. Ce constat n’est pas un problème au regard du principe de « responsabilité commune mais différenciée » qui est le principe fondateur des négociations en cours, principe faisant l’objet d’un consensus large. La question de l’aide aux pays en développement lui est d’ailleurs liée. La reconnaissance d’une distorsion entre le niveau de responsabilité d’un côté et les conséquences supportées de l’autre justifie le déploiement d’une aide nouvelle. Là encore, le niveau de participation de chacun reste à discuter, mais le principe de cette participation est admis.

Le véritable enjeu des derniers jours de négociation est donc de sortir de la partie de poker qui est en train de se jouer et dans laquelle chacun est prêt à agir et à s’engager, mais surtout pas davantage que le voisin (si l’on raisonne ici au niveau des groupes de pays – développés, PED,…). Pour cela, c’est de confiance mutuelle dont les dirigeants présents ont besoin. Trop d’exemples témoignent de la fragilité des engagements passés. Signataire du protocole de Kyoto, le Canada n’a cessé d’augmenter ses niveaux d’émission. Les niveaux de pression qui existent en interne sont parfois même rédhibitoires à la prise d’engagements. Le pauvre Kevin Rudd, Premier ministre travailliste australien peut en témoigner, lui qui a fait de la lutte contre le réchauffement climatique l’une de ses priorités et dont le Parlement australien a rejeté la semaine dernière le plan en faveur d’une réduction (faible) des émissions de GES à horizon 2020.

Pour sortir de cette situation qui présente quand même de nombreuses conditions favorables au statu quo, il est devenu nécessaire de parler de contrôle et de se rappeler que, souvent destructeur de confiance, le contrôle peut aussi renforcer cette dernière. Ce qui est vrai au sein des entreprises et dans les relations entre entreprises l’est sans doute encore davantage au niveau international. Les objectifs et engagements devront donc être mesurables, rapportables et vérifiables (acronyme « MRV », consacré la semaine dernière). C’est parce que l’on sait que les promesses n’engagent plus seulement « ceux qui les écoutent » que l’on peut à son tour prendre des engagements (et les « vendre » en interne, ce qui est parfois le plus difficile). Nous en revenons donc à l’éternelle question de la gouvernance mondiale de la relation de l’humanité avec le climat. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle quand l’on voit les difficultés à régler les questions de gouvernance dans d’autres domaines (le commerce, la finance, la sécurité,…). Au moins avons-nous avancé dans l’identification des challenges à relever.

Partager cet article

Repost 0
Published by Hugues Poissonnier - dans Mondialisation
commenter cet article

commentaires