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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 10:07
Comment les États-Unis peuvent-ils enrayer un déclin que la crise paraît précipiter ? L’administration Obama a-t-elle la réponse ?

Communication présentée le 15 octobre
3ème rendez-vous Henri IV
Les questions de la géopolitique mondiale pour 2009-2010

Quinze minutes pour minutes pour décider si les Etats-Unis sont en proie à un déclin irréversible ou s’ils rebondiront. Il n’y a pas de temps à perdre. D’autant plus que les avis sur ce sujet changent à grande vitesse. Il y a 10 ans, Hubert Védrine inventait le terme d’hyperpuissance. Il y a un an les médias décrivaient une Amérique effondrée. Depuis 6 mois Wall Street progresse rapidement et les spécialistes parlent déjà de rebond économique. Dépêchons-nous de terminer cet exposé, car je crains d’être obligé de dire en conclusion l’inverse de ce que j’aurai annoncé en première partie !

Allons donc à l’essentiel : mon exposé tient en une question : Obama est-il en train de réussir ? Et ma réponse sera : plutôt oui, hélas ! , mais cela est indifférent.

Obama semble réussir en ce qui concerne le soft power. Les Etats-Unis se veulent maintenant soucieux de l’environnement avec le Clean Energy and Security Act de juin 2009. Ils se proclament pour la paix et la fin de l’arme nucléaire par le discours de Prague. Ils se donnent comme modèle de la diversité et font venir des jeunes des banlieues pour les convaincre de visu de la supériorité du système américain. Ils ferment Guantanamo, Ils renouent avec l’islam lors du discours du Caire de juin 2009. Ils rompent avec l’unilatéralisme, renouent le dialogue avec la Russie et opèrent avec elle un grand marchandage – la fin du bouclier anti-missiles contre les sanctions envers l’Iran. Obama sait surtout faire preuve de sang froid et de professionnalisme, évitant d’envenimer les choses lors des émeutes de Téhéran ou du coup d’état contre Zelaya au Honduras.

Bien sûr les républicains comparent déjà Obama à Carter, parlent d’angélisme et de faiblesse face à la Corée du Nord et à l’Iran. C’est oublier le rôle positif que Carter a joué pour le modèle américain en lançant la croisade des Droits de l’Homme contre l’URSS. Souhaitons simplement à Obama de savoir se montrer plus efficace en cas de crise.

Il pourrait même réussir en ce qui concerne le gold power. La récession ralentit : la baisse du PIB a été de 6,3 % au premier trimestre, de 5,5 au second et de 1,5 au troisième. Les demandes de mise en logement repartent à la hausse, le Dow Jones est passé de 6 000 points en septembre 2009 à près de 10 000 actuellement. La consommation des ménages a augmenté de 2,7 % en août. Seule ombre au tableau – de taille : le chômage qui atteint les 10 % et ne diminuera que si la croissance repart fortement – ce que Ben Bernanke et Tim Geitner nous promettent dès janvier.

Pour le hard power les choses sont plus complexes, mais il faut dire que la situation était mal engagée. On ne peut que noter un effort nouveau sous l’égide du général Petraeus, maintenant à la tête du commandement central de l’armée américaine (US Central Command) : l’attention portée aux populations civiles d’abord en Iraq sous Bush, aujourd’hui en Afghanistan.

Pourquoi « hélas » dès lors ?

D’abord parce qu’Obama n’est pas un Européen. C’est un Américain, et ceux qui s’étaient enthousiasmés pour lui sur le vieux continent le découvrent un peu tardivement. Ses engagements en faveur de l’environnement restent prudents, trois fois moins ambitieux en termes de réduction d’émission de CO² que celles de l’Union européenne. En ce qui concerne l’encadrement des bonus, il a accepté les demandes européennes mais refusé tout chiffrage précis. En fait, Obama doit tenir compte comme Bush de Wall Street dont l’influence sur l’administration reste considérable grâce à son conseiller économique, Laurence Summers, ancien consultant pour Godlman Sachs. Mais comme démocrate il doit aussi tenir compte des syndicats d’où quelques mesures aux relents protectionnistes. Enfin, comme Américain né à Hawaï, il tient compte de l’Asie autant sinon plus que de l’Europe. La grande décision du dernier G20 c’est le transfert de 5 % des quotes-parts et donc des droits de vote de la vieille Europe aux pays émergents, en tout premier lieu à la Chine. La première visite de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a été pour la Chine. Ainsi s’esquisse le G2, nouveau pivot de l’économie et de la géopolitique mondiale, dans l’ambiguïté d’une paix armée entre deux pays partenaires et rivaux.

Hélas encore car à peine l’esquisse du semblant d’une reprise semble se produire que les mauvaises habitudes américaines reviennent au galop : les banquiers remboursent les aides pour pouvoir se payer aussi bien qu’autrefois, les consommateurs consomment, le taux d’épargne des ménages qui était remonté de 0,5 à 6 % en mai dernier retombe à 4 % pendant l’été, l’endettement bondit, non plus celui des ménages mais celui de l’Etat qui atteint 12 000 milliards de dollars. Comme au bon vieux temps les banques se mettent à titriser et à restructurer, plus les subprimes, mais les dettes publiques : 15 % d’obligations d’Etat grecques, 20 % de bons du Trésor américain, 5 % d’obligations allemandes pour donner confiance. Cela s’appelle, comme autrefois, de la gestion dynamique.

Rien n’a changé sur le fond. Les Etats-Unis continuent à vivre en s’endettant en empruntant au reste du monde, dopée par des taux d’intérêt pratiquement nuls la masse monétaire explose. Dans la chaleur trompeuse des salles de marché gonfle la prochaine bulle avant d’exploser. Et le dollar, qui s’était redressé jusqu’au printemps, a recommencé sa dégringolade. C’est peut-être ce fait, et ce fait seul, qui peut conduire à parler d’un inévitable déclin des Etats-Unis.

Vous croyez que j’exagère, que je me moque. Un peu. Pas trop. Relisez l’article de Vittori dans les Echos du 29 septembre dernier. Il évoque ce jour du 9 novembre 2015 où D. Strauss Kahn, président du FMI, vient voir Obama pour le prévenir que la dernière bulle va bientôt éclater. Il se fait éconduire par le président américain qui lui explique que personne ne doit lui dicter ses actes, surtout pas un Français (mais peut-être, ce que ne dit pas Vittori, Goldman Sachs). Neuf mois plus tard, éclate le « Treasory Bond Krach ».

En conclusion, et ce n’est plus Vittori qui parle, pour faire bref et en parodiant l’opérette La fille de Madame Angot : « C’était pas la peine, c’était pas la peine, c’était pas la peine assurément de changer de gouvernement ».

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Published by Pascal Gauchon - dans Mondialisation
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