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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 12:38

Jean-Paul Guichard

La Russie se protège à l’Est et à l’Ouest

Dans la perspective géopolitique qui vient d’être esquissée, qui concerne l’intégrité territoriale du Kirghizstan, du Kazakhstan[1], de la Mongolie et de la Russie, il apparaît que la Russie a impérieusement besoin, à long terme, de l’Union Européenne et, au-delà, des Etats-Unis. Elle en a besoin car la montée en puissance de la Chine est extrêmement rapide ; dès 1980, Alexandre Soljenitsyne avait bien perçu le danger ; « dans l’attente de la 3ème guerre mondiale, l’Occident, en quête d’un nouveau garde-fou, s’est trouvé un allié : la Chine communiste ! (------) une politique insensée, suicidaire (-----) vous vaincrez l’URSS mais plus aucune masse sur cette terre ne retiendra la Chine communiste dans la voie de la domination mondiale »[2]. Conformément à sa prévision les Etats-Unis furent les vainqueurs de la guerre froide … et il apparaît maintenant que la puissance chinoise est sur la route qui mène à l’hégémonie mondiale ; les dirigeants russes ne peuvent l’ignorer.

Pékin déploie une stratégie multidimensionnelle, à la fois diplomatique, politique, militaire, monétaire, économique financière, commerciale et industrielle ; sur le terrain politique, diplomatique et militaire cette stratégie est aujourd’hui orientée vers l’est : mer de Chine, avec Taiwan et les îles Spratley et Senkaku, sans même parler des liens obscurs qu’entretient Pékin avec la Corée du Nord. Cela suppose des concours extérieurs pour que les territoires à risque, à l’intérieur de l’espace chinois (Tibet, Xinjiang, Mongolie intérieure) ne soient pas ou peu « travaillés » par des mouvements séparatistes ou terroristes : le traité de Shanghai constitue un cadre pour une telle coopération ; un cadre provisoire dans la mesure où les relations entre les deux géants seront amenées à se modifier dans le temps. En même temps que se poursuit cette coopération asiatique, Moscou s’efforce de promouvoir, depuis plusieurs années, une coopération « eurasiatique ».

Ici, un rappel historique peut être utile à titre de comparaison : celui de la politique soviétique durant la période allant de l’été 1938 au printemps 1941. En 1937, il y avait eu l’invasion de la Chine par le Japon ; en s’appuyant sur le Mandchoukouo, régime fantoche que les militaires nippons avaient mis en place, ceux-ci pensèrent qu’ils pouvaient pousser plus loin leur avantage et récupérer éventuellement la Mandchourie « extérieure » (les territoires à l’est de l’Oussouri) en 1938 et la Mongolie en 1939…. La diplomatie soviétique était alors très occupée par des conversations avec les Français et les Anglais face au danger hitlérien.

A la fin de juillet 1938,  et jusqu’au 11 août, il y aura de durs affrontements entre soldats soviétiques et japonais, près du lac Khassan[3], ces derniers étant repoussés hors du territoire soviétique. Un an après, les hostilités reprennent, en Mongolie cette fois-ci, en mai 1939[4] ; en juillet, l’armée du Kwantung lance une grande offensive, qui sera contenue ; Joukov prépare alors la logistique d’une offensive de grande ampleur ; c’est que, en même temps et en grand secret, les soviétiques entament des échanges de vues avec les dirigeants nazis : ceux-ci ont besoin de la neutralité russe et même de l’aide russe pour leur fournir des matières premières en vue de la grande offensive à venir à l’ouest. Staline a besoin d’avoir les mains libres à l’ouest pour pouvoir défaire les Japonais à l’est. Le monde assiste, stupéfait, à un retournement de situation en l’espace de quelques jours ; fin août, l’entente est réalisée à l’ouest[5] : est signé le pacte germano-soviétique.

Joukov prend l’initiative d’une offensive de grande ampleur et qui sera victorieuse le 20 août, le lendemain de la signature d’un accord commercial Allemagne/URSS vital pour l’approvisionnement de l’armée allemande ; le 22 août, la veille de la signature du pacte germano-soviétique à Moscou, l’URSS propose un armistice au Japon, sachant que celui-ci est en train de négocier son entrée dans l’axe Berlin – Rome (qui sera réalisée le 26 septembre).

Tokyo, sachant que l’URSS ne sera pas attaquée, préfère négocier et signer l’armistice[6] plutôt que de continuer l’aventure, faisant le choix de faire porter son effort militaire, économique et commercial vers l’Asie du sud. L’année 1940 voit alors l’URSS entamer une double négociation, l’une avec le Japon, l’autre avec l’Allemagne ; la première débouche sur l’acceptation par le Japon des frontières de la Mongolie et de l’URSS et, le 13 avril 1941, sur un traité de non-agression, ce qui assurait à Moscou la tranquillité en Asie ; la seconde concernait les modalités par lesquelles l’URSS adhérerait à « l’Axe »[7] : le point d’achoppement fut la Bulgarie et les « détroits » de sorte que Hitler préféra l’option de la guerre.

Ces épisodes, notamment celui de 1939, rappellent la volonté de la Russie, hier l’URSS, de ne pas devoir assumer de conflits sur deux fronts simultanément.

La mise en chantier de l’Union Eurasiatique qui ressemble, certes, à un essai de reconstitution de l’Union Soviétique, répond à une volonté d’établir une coopération internationale centrée sur la Russie, sans la Chine. Déjà, avait été établie en 2002, l’organisation du traité de sécurité collective signé par huit Etats de la CEI[8]afin de lutter contre le terrorisme et le séparatisme et de garantir l’intégrité des Etats[9]. Ces pays sont invités à, rejoindre l’union douanière qui a été constituée entre la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie et qui, à l’horizon de 2015, doit se transformer en « Union Economique Eurasiatique [10]»

Au-delà des objectifs explicites de ce projet, il faut souligner qu’il répond probablement à trois autres finalités en constituant autour de la Russie un ensemble puissant : (1) à court terme, résister au grignotage de l’environnement proche de la Russie auquel procèdent  l’Union Européenne et l’OTAN ; (2) à plus longue échéance, être en mesure de négocier avec l’Union Européenne, sur un pied d’égalité, des voies et moyens qui permettraient de développer la coopération et la solidarité des pays de la « Grande Europe », de l’Atlantique au Pacifique ; (3) enfin, de faire face, à court et moyen terme, à l’invasion économique chinoise en Asie Centrale, qui est largement entamée, notamment au Kazakhstan[11].

Concernant ce dernier point, l’hypothèse qui est faite ici est que les dirigeant russes sont conscients de la puissance de la Chine et de la politique expansionniste que ses dirigeants entendent lui faire suivre ; une puissance telle qu’une solidarité sans faille de la « Grande Europe » et de ses alliés proches sera indispensable pour y faire face. Cela suppose que l’Union Européenne adhère à cette démarche et ne cherche pas à dissocier les éléments de cet ensemble en cours de constitution autour de la Russie. Les évènements récents en Ukraine montrent que ce n’est pas le cas : les dirigeants européens cherchent bien davantage à dissocier l’Ukraine de la Russie, un non-sens vis-à-vis de l’histoire, qu’à trouver les moyens permettant d’assurer une défense commune de toute l’Europe contre les périls qui la guettent.

Il convient ici de revenir sur les ambiguïtés de la politique de l’Union Européenne.

L’Union Européenne et la « Grande Europe »

La construction progressive de l’Union européenne s’est faite autour d’un noyau initial de six pays, à l’époque de la guerre froide. Dans l’affrontement entre le «camp socialiste » et le « monde libre », l’Europe de l’ouest formait un enjeu majeur : les américains craignaient de la voir gangrenée par les partis communistes (notamment en France et en Italie) et de voir à terme l’empire soviétique s’étendre jusqu’à l’Atlantique. Ils avaient besoin d’une Europe unie, prospère et forte qui soutienne l’alliance militaire qui avait été conclue lors de la signature du traité de l’Atlantique Nord. La guerre froide a donc présidé à la naissance de ce qui allait devenir « l’Union Européenne ».

Après l’effondrement du système soviétique, il y eut un grand mouvement d’élargissement de l’Union que certains analystes, peu nombreux il est vrai, jugèrent prématuré. Sans doute est-ce à cette époque que l’habitude a été prise de faire une confusion entre « l’Europe » et l’Union Européenne (UE), alors que celle-ci n’est pourtant qu’une partie de celle-là.

Mais qu’est-ce donc que « l’Europe » ? Sa délimitation remonterait au Congrès de Vienne, en 1815 ; le tsar Alexandre faisant valoir, à l’appui de ses appétits de gains territoriaux (les monarchies faisaient alors une nouvelle carte de l’Europe), la grande surface de la Russie, on fit observer qu’il ne fallait pas prendre en compte la partie « asiatique » et on se mit d’accord pour dire que l’Oural séparait l’Europe de l’Asie. Chacun sent bien qu’une telle définition, géographique, n’est pas satisfaisante.

Le « traité établissant une constitution pour l’Europe » signé à Rome le 29 octobre 2004 et rejeté par le peuple français[12] précisait en substance, dans son article premier, que l’Union Européenne, forte de ses « héritages culturel et religieux », était ouverte à tous les « peuples européens » qui en feraient la demande, sous réserve qu’ils satisfassent aux conditions, etc.

Faits très significatifs : la nature des « héritages » n’était pas précisée non plus que la définition des « peuples européens ». Ce flou artistique n’était évidemment pas le fruit du hasard ; il trahissait un « projet » : celui de ceux qu’on peut appeler « européistes », qui se sentent les dépositaires exclusifs du « projet européen » ; ce projet procède de l’alliance militaire nouée au temps de la guerre froide et de son organisation (l’OTAN) en raison duquel les dirigeants américains voulaient absolument que la Turquie entre dans l’UE ; malgré 1989, cette position n’a pas changé : entrée de la Turquie, entrée de l’Ukraine à long terme, mais….pas d’entrée de la Russie !

Pourtant une définition simple de l’Europe pourrait être : le territoire du continent eurasiatique occupé par les peuples ayant le double héritage grec et chrétien[13]. Cette définition, qui est celle de la « Grande Europe », ne pouvait convenir aux « européistes » : la Russie a en effet ce  double héritage alors que la Turquie ne l’a pas !

L’idée qu’une solidarité particulière puisse naître entre les peuples de cet ensemble repose sur leur culture commune, au sens large, qui a façonné les mentalités. Ces peuples furent capables de se faire la guerre (et de la faire aux autres), ils doivent être capables de nourrir un projet commun dans lequel ils pourraient se reconnaître. C’était la conception d’un grand visionnaire de l’histoire, le Général De Gaulle qui déclarait dans un discours de 1960 : « C’est grâce à l’organisation d’un ensemble européen de l’Ouest, face au bloc construit par les Soviets, que pourra s’établie, de l’Atlantique à l’Oural, l’équilibre entre deux zones comparables par le nombre et les ressources. Seul, un pareil équilibre permettra peut-être, un jour, à l’ancien continent d’accorder ses deux fractions, de trouver la paix en dedans de lui-même, de donner un essor nouveau à sa civilisation ». A une autre occasion, il précisait ainsi sa pensée : « Pour que cette Europe soit possible, il faut de grands changements. D’abord que l’Union Soviétique ne soit plus ce qu’elle est mais la Russie. Ensuite que la Chine menace ses frontières orientales, donc la Sibérie[14] ».

Sur cette base, une nouvelle conception de l’unification européenne pourrait voir le jour ; la solidarité potentielle de tous les peuples de la Grande Europe serait alors le point de départ. Les voies et moyens permettant d’exprimer cette solidarité seraient affaire de circonstance, le projet « Union Européenne » n’excluant pas [15]un autre projet, moins avancé, à l’est, dès lors que l’un et l’autre seraient subordonnés à cette volonté commune de promouvoir une solidarité globale.

Si cette façon de voir devenait celle des dirigeants de l’Union Européenne, ils ne chercheraient plus, par exemple, à dissocier l’Ukraine de la Russie, à intégrer la première dans l’OTAN, ce qui serait une véritable provocation pour la seconde ; ils insisteraient, au contraire, sur l’intérêt que présenterait, pour l’Europe dans son ensemble, des relations entre l’Ukraine et la Russie qui soient étroites, amicales et confiantes.

Si les dirigeants de l’UE avaient l’intelligence de prendre ce virage, il y a fort à parier que le rapprochement avec la Russie serait immédiat ; les responsables de ce pays seraient bien plus confiants envers leurs collègues de l’ouest : sentant un monde ami à leurs portes, ils seraient bien plus perméables aux idées qui permettraient l’adoption de réformes allant dans le sens de la démocratie et de ce que, plus généralement,  on appelle les « valeurs communes ».

Dans un tel scénario, la Russie serait, indubitablement, plus forte qu’aujourd’hui, notamment en Asie où elle doit défendre son intégrité territoriale et celle de ses voisins d’Asie Centrale ; elle serait plus forte aussi pour défendre ses activités manufacturières et l’essor de celles-ci, aujourd’hui bien problématique ; la Russie est très dépendante de ses exportations de matières premières, en premier lieu le gaz et les hydrocarbures, et doit impérativement développer à nouveau des industries manufacturières ; malheureusement, cela est rendu très difficile, comme pour la plupart des pays européens, du fait de la politique mercantiliste de la Chine[16].

La solidarité de l’ensemble des peuples de la Grande Europe[17], si elle était établie, leur conférerait une grande force face à la menace multiforme de la Chine, aujourd’hui principalement économique, demain peut-être territoriale. La Russie serait plus forte, l’Union Européenne aussi, de ce fait même.

La question de la Sibérie regarde au premier chef la Russie ; elle concerne aussi toute l’Europe. Le maintien de la souveraineté russe sur cette région du monde constitue une condition de l’existence même de la Russie ; la fin de cette souveraineté [18]serait une catastrophe pour la Russie, mais aussi pour toute l’Europe.


[1]Le Kazakhstan, doté d’un territoire immense, n’est pas seulement riche par son agriculture, son gaz et son pétrole : c’est aussi le 1erproducteur d’uranium (société Kaz Atom Prom).

[2]Alexandre Soljénitsyne, 1980, in « l’erreur de l’occident », édition française Grasset et Fasquelle, 2006.

[3] Le lac Khassan est situé en territoire soviétique à 150 km au nord de Vladivostok.

[4]Les combats qui se déroulent du 11 mai 1939 jusqu‘au 16 septembre 1939 sont connus sous le nom de « bataille de Khalkhin ».

[5]19/8 : accord commercial Allemagne – URSS,

20/8 : offensive de Joukov,

20/8 : proposition d’armistice par l’URSS,

23/8 : pacte germano-soviétique signé à Moscou,

26/8 : début de la déroute de l’armée du Kwantung,

1er /9 : début de l’invasion de la Pologne, prélude à son partage,

15/9 : signature de l’armistice entre les deux armées qui reviennent sur leurs positions d’avant mai 1939,

26/9 : Tokyo adhère à « l’Axe ».

[6]L’armistice URSS/Japon est signé le 15 septembre 1939 ; il prévoit notamment l’ouverture de négociations pour définir les frontières.

[7]Ces négociations sont marquées notamment par l’arrivée de M. Molotov à Berlin le 11 novembre 1940 ; après plusieurs jours de discussions, les soviétiques font aux allemands des contrepropositions, le 25 novembre, constituant un accord d’adhésion à l’Axe et de partage du monde ; en l’absence de réponse, Molotov relance le gouvernement allemand le 17 janvier 1941, sans succès.

[8] Russie, Biélorussie, Kazakhstan, Arménie, Kirghizstan, Ouzbékistan, et Tadjikistan.  

[9] A propos de ce principe de l’intégrité territoriale, Pascal Marchand (« Géopolitique de la Russie », PUF, 2014) remarque : « L’intervention russe en Ossétie du Sud et en Abkhazie en 2008, contraire à ce principe, a été modérément appréciée ». 

[10] L’union économique est non seulement une union douanière et un espace de libre circulation des hommes, des biens et des capitaux, mais aussi un espace d’intégration par les politiques économiques. Outre les trois pays fondateurs, l’Arménie et le Kirghizstan sont en négociation pour les rejoindre.

[11] Ce n’est probablement pas un hasard si le Président du Kazakhstan a joué un rôle important dans la naissance de ce projet d’Union Eurasiatique.

[12]La ratification du traité donna lieu à un référendum en France, organisé le 29 mars 2005 ; malgré l’appui à ce projet de la quasi-totalité de la « classe politique », le peuple français, consulté, refusa le traité avec près de 55 % de « non ».

[13]Ce double héritage a, évidemment, façonné les mentalités. Les peuples européens ont une grande diversité : malgré cela, ils ont des références communes qui constituent la base d’une solidarité potentielle ;

[14]Citation dans un article de Pierre Royer, « De l’Atlantique à l’Oural », Revue « Conflits », N°1, 2014.

[15]La confusion courante entre l’Union Européenne et l’Europe n’est pas complètement innocente. Elle exprime l’idée que seule l’Union Européenne a la légitimité pour construire l’Europe.

[16] Voir sur ce point les analyses d’Antoine Brunet et Jean-Paul Guichard dans «  La visée hégémonique de la Chine, l’impérialisme économique » (L’Harmattan, Paris, 2011) ; l’édition russe : « Guéopolitika Mercantilisma » (Noviy chronograph, Moscou, 2011).

[17] N’est pas abordée ici une autre question : celle de la solidarité, civilisationnelle en quelque sorte, entre la Grande Europe et l’ensemble des Amériques.

[18]Cette fin de la souveraineté n’est pas nécessairement une hypothèse « irréaliste » dans la mesure où elle pourrait se manifester de façon très progressive dans le temps. Qu’il suffise ici d’évoquer le projet (avorté), il y a quelques années, de location sur très longue période du port de Vladivostok et d’une partie de cette ville. Un autre projet qui a été évoqué est celui de la création, au sein de la Fédération de Russie, d’une république autonome « chinoise » (c’est-à-dire à population chinoise, la nationalité « chinoise » devenant l’une des nationalités de la Fédération). A ce propos, on peut rappeler qu’un territoire, le Birobidjan, avait été réservé, en Extrême-Orient, en 1934, par Staline, à l’accueil d’une population juive (« oblast autonome juif » du Birobidjan, 36 000 km² au contact du fleuve Amour) avec le yiddish comme langue officielle ; cet oblast fut peuplé pour une part importante par des juifs qui ne représentent plus aujourd’hui que 1 % de la population. Le territoire regorge de minerai de fer et un projet (chinois) existe d’un grand pont ferré et routier sur le fleuve Amour, permettant l’évacuation du minerai. Va-t-il devenir un oblast chinois au sein de la fédération de Russie ?

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Published by Jean-Paul Guichard - dans Asie
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