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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 07:09

1974-2014 : 40 ans, la durée de cotisation légale pour les personnes arrivées sur le marché du travail au moment où se déclenchait la crise économique, suite au premier choc pétrolier, qui allait mettre fin à la société du plein emploi. D’ici la fin de la décennie et durant la suivante cette population va atteindre donc l’âge de la retraite, avec une part croissante qui n’aura pu cotiser complètement, sans parler de celle qui même travaillant n’a connu qu’une majorité d’emplois mal payés et précaires. Pire, une part substantielle de cette population va être concentrée dans des zones déjà pauvres, banlieues ou régions désindustrialisées, accentuant la concentration de la pauvreté, le découplage territorial entre zones pauvres et aisées, et la ségrégation sociale qui va avec. Le problème n’est pas spécifiquement français, il sera réel dans toute l’OCDE, et se manifeste déjà aux Etats-Unis où la misère des seniors devient un phénomène de masse. Ce mouvement lent n’attire pas l’attention semble-t-il des politiques, et les réformes proposées ici et là des systèmes de redistribution (retraites complémentaires privées et capitalisation, aides sociales diverses et variées) sont insuffisantes et de toute façon trop tardives pour empêcher cette paupérisation.

Le risque systémique pour les pays développés est énorme. Quelle croissance et quel dynamisme attendre d’économies où une part croissante de la population (suite au vieillissement) ne participera pas ou plus à l’économie, ne serait-ce qu’en tant que consommateurs ? Sans parler du risque sanitaire accru d’une population fragilisée par l’âge et par la misère, n’ayant plus accès de par ses moyens réduits aux soins ou du moins à la surveillance médicale. L’hypothèse d’un resserrement des solidarités, familiales notamment, est utopique, les jeunes, proportionnellement moins nombreux au fil du temps, risquant de na pas être en mesure de prendre en charge leurs parents de manière satisfaisante. Bizarrement, alors que les études abondent sur le cas démographique chinois (on se rassure comme on peut en Occident), le débat en occident sur cette évolution est très discret. Il faut dire qu’il touche à des tabous : la mobilité (frein absolu à la solidarité trans-générationnelle), l’internationalisation des parcours, le jeunisme d’une manière générale, obsession de la société de consommation et des media et qui en dit long sur l’autoreprésentation de nos sociétés. Le cadencement des politiques publiques par les échéances électorales ne facilite pas non plus la prise en compte de ces mouvements de long terme.

Alors que la Japon se prépare somme toute assez sereinement à l’explosion du Silver Market (la consommation des seniors dans une société vieillie), il ne semble pas que, à quelque exception près (dans des pays souvent moins touchés par le chômage de masse et de long terme, et donc par le problème, comme la Scandinavie) l’on se soit préparés à cette échéance dans l’OCDE ou l’UE. La paupérisation des populations concernées n’y donne de toute façon pas de grandes perspectives à cette réorientation des priorités économiques.

Le coût pour la société sera de toute façon énorme, que l’on compense par des dispositifs de redistribution d’urgence, ou que l’on ne fasse rien et laissons l’anémie économique et la fracture sociale s’installer.

IL est temps dans cette perspective de s’attaquer au coût de la santé (largement grevé par les logiques financières de rentabilité maximale de l’industrie pharmaceutique et médicale) et surtout du logement. Dans ce domaine, les rigidités sont encore plus fortes qu’ailleurs. Il est illusoire de croire que l’on baissera les prix de l’habitat par la construction et le logement social (même si les deux sont nécessaires), d’abord parce qu’on n’en a pas les moyens, ensuite par la construction est déterminée par la hausse des prix immobiliers, pas par leur baisse. C’est par la fluidification massive du marché immobilier que l’on peut faire baisser les prix, notamment à la location, en forçant la mise sur le marché des biens non utilisés. Mais là encore on se heurte à une rigidité : le capital immobilier des propriétaires institutionnels est la garantie de leur endettement, et est valorisé au niveau comptable. En faire baisser artificiellement le prix ou forcer la mise sur le marché de cette offre risquerait de déclencher des faillites en cascade, surtout dans le secteur des banques et des assurances. Or les dirigeants politiques des pays de l’OCDE écoutent plus les financiers que leur grand-père. Ils ont tort. Attention danger !

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Published by Jean-Marc Huissoud - dans Europe
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