Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 15:17

Claske Dijkema est cofondatrice de Modus Operandi, Institut de recherche indépendant, spécialisé dans les dynamiques de constructions nationales, les crises politiques, les stratégies de sortie de conflit.

Elle est intervenante à Grenoble Ecole de Management.

 

Avec tous ces chefs d'Etat âgés en Afrique (voir le tableau ci-dessous), une explication culturelle de la longévité au pouvoir serait-elle justifiée?

 

Les Leaders africains et leur âge

 

Robert Mugabe ( Zimbabwe )

86 ans

 

Abdulai Wade (Sénegal)

83 ans

 

Hosni Mubarak ( Egypte )

82 ans

 

Bingu Wa Mtalika (Malawi)

76 ans

 

Ellen Johnson Sirleaf ( Libéria )

75 ans

 

Hifikepunye Pohamba ( Namibie)

74 ans

 

Rupiah Banda ( Zambie )

73 ans

 

Mwai Kibaki ( Kenya )

71 ans

 

Colonel Gaddafi (Libie)

68 ans

 

Jacob Zuma (Afrique du Sud)

68 ans

 

Jose Eduardo Dos Santos (Angola)

68 ans

 

 

      Pour Michael Bourdillon[1], professeur de Sociologie à l'Université de Zimbabwe, il y a un facteur culturel à prendre en considération. Il observe que dans un Etat postcolonial comme le Zimbabwe, l'héritage des idées traditionnelles sur l'autorité est encore tangible. Il mentionne deux exemples: premièrement, l'idée qu'un bon leader doit être un leader fort et que deuxièmement, l'impression que critiquer des hommes politiques représente une menace pour la nation. Cette observation est moins pertinente pour la jeune génération urbanisée que pour la population des zones rurales et plus âgée. Traditionnellement, dans la plupart des cultures africaines, la position du chef était sacrée et la critique ouverte et publique du chef par le peuple n'était pas tolérée. Le chef doit être puissant afin que les esprits fournissent de la pluie et de bonnes récoltes. Si le chef est faible, la fertilité de la terre est en mise en péril, la menace de voisins hostiles augmente et les gens craignent l'éclatement de leur communauté. Le prestige du chef doit alors être affirmé par un étalage de richesses.

Bourdillon explique que « apparemment au Kenya, le seul crime qui puisse forcer un homme politique à démissionner, c'est la faillite. C'est un signe d'échec et de faiblesse qui n'est pas tolérable pour un chef»[2].

Or, si on prétend que la seule raison culturellement acceptable de destituer un chef est sa non-performance économique, on ne comprend pas pourquoi Robert Mugabe est encore au pouvoir après l'effondrement économique de 2008. Les élections contestées de 2000, 2002, 2005 et 2008 ne nous permettent pas non plus d'affirmer sa légitimité politique. Comment comprendre alors que Robert Mugabe et son parti le Zanu-PF soient restés au pouvoir? « L’usage de la répression comme outil principal de pérennisation de la domination se révèle également insuffisant car il est rapidement trop coûteux politiquement, y compris pour les régimes les plus brutaux »[3].

En 2008, le pays traversait une double crise, économique et politique. Jamais l'Etat n'avait été aussi proche de l'effondrement tandis que le pouvoir échappait au régime. Sa monnaie avait été dévaluée suite à une hyper-inflation jusqu'au point d'être remplacée par le dollar américain et une partie des fonctionnaires avaient rejoint l'opposition qui était massivement dans la rue. L’armée avait même menacé de pillage faute de paiement des salaires. Depuis le General Political Agreement (Accord politique général) et le remplacement du dollar zimbabwéen par le dollar américain, le Zanu-PF se porte miraculeusement bien. L'économie fonctionne de nouveau, au moins si on mesure la santé économique à la quantité de nourriture disponible dans les supermarchés. Personne ne doute plus que Mugabe restera sur son trône tant que sa santé le lui permettra. Plusieurs facteurs expliquent le maintien au pouvoir du président Mugabe et du Zanu-PF. Dans la fiche « Un virage vers l'indigénisation de l'économie en Afrique australe », j'explique le pouvoir symbolique du président et de son parti. Dans la fiche« Le sauvetage de Mugabe par la SADC (South African Development Community)» j'explique le rétablissement miraculeux de la stabilité politique du Zanu-PF après l'automne 2008 par une analyse de la politique de solidarité dans la sous-région.



[1]             Bourdillon, M.F.C. “Where are the ancestors, Changing culture in Zimbabwe”, University of Zimbabwe, 1993

[2]    Ibid. p.67

[3]    Gatelier, K., Valéri M., Dossier de présentation “Les stratégies de légitimation des régimes autoritaires” (ne pas publié), 2010.

Partager cet article

Repost 0

commentaires