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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 08:41

La presse de ces derniers mois s'est parfois laissée aller à surexposer les discours de ceux qui annoncent la fin de l'Euro pour les prochains mois. Avec un peu de recul, il y a de quoi se poser quelques questions.

Pourquoi si l'Euro est menacé son cours ne s'est pas effondré ? Pourquoi s'imaginer que la zone euro se disloquerait, sous le sourire narquois des géants économiques, alors que ni la Chine, ni les USA n'ont intérêt à sa disparition, son existence tempérant la puissance et du Dollar et du Yuan, et sa disparition pouvant augmenter la pression sur Pékin pour une revalorisation de sa monnaie qu'elle ne souhaite pas pour le moment ? Pourquoi avoir prétendu que la Grèce entrainerait la chute de la monnaie européenne, alors que le PIB de la Grèce représente 2% du PIB de l'Union et 0,6% du pays mondial, ce qui semble bien insuffisant pour qu'un défaut de paiement entraine une ruine de l'ensemble, quel qu'il soit.

Certes il y a des inquiétudes relatives à la gestion de l'Euro et aux corrections à apporter à sa gouvernance. Certes, il y a derrière la Grèce la question des économies des PIGS, notamment l'Italie et l'Espagne, qui pèsent beaucoup plus lourd sur l'avenir de l'Union. Encore faut-il pour ces pays relativiser aussi. L'Italie a engager un train de réformes audacieuses qui ont considérablement restaurer la confiance, et l'Espagne ne doit pas simplement être condamnée. Comme la Grèce, elle a bénéficié d'afflux massif de fonds européens dans les années 80 sans contrôle et cela s'est transformé en bulle immobilière et en croissance faussée par les investissements d'infrastructures, ce qui veut dire paradoxalement qu'il faut investir en Espagne car son développement économique est encore à venir !

Soit dit en passant, la dénonciation de l'insuffisance des contrôles sur les fonds de rattrapage est curieusement passée sous silence au profit de la culpabilisation des intéressés. Il est vrai qu'on ne peut pas décemment leur demander la rigueur quand on en a manqué soi-même.

De cela rapidement résumé et j'en convient un peu facile et criticable, je retire deux choses:

La première est, dans ce dossier comme dans d'autres, le constat de la nocivité globale du bruit de fond médiatique, coupable selon moi d'une dramatisation qui relève de l'exercice de style, et qui permet à certains de vendre beaucoup de papier ou d'heures de plateaux télé. Il serait souhaitable que l'on arrête de systématiquement mettre de l'émotion exacerbée dans l'information, qui plus est quand elle flatte démagogiquement les sentiments eurosceptiques de la population. (et je pensais la même chose lorsque l'on flattait le sentiment proeuropéen dans une autre période). Rien n'est vraiment faux dans les interrogations portée par les médias, mais l'éclairage, c'est un euphémisme, n'est pas neutre.

La seconde est: à qui profite le crime. Beaucoup de monde en définitive: ceux qui bâtissent leur carrière politique sur la peur de l'avenir, ceux qui font commerce de cette peur (un marché bien plus porteur que celui de l'optimisme et du bonheur), ceux qui ont intérêt aussi à masquer leur défaillance et qui évoque aujourd'hui le sabordage d'un bateau, l'Euro, qu'ils ont largement contribué à mener sur les récifs : les experts de la commision européenne, les acteurs financiers (Goldman Sachs ne manque vraiment pas d'air dans l'affaire grecque), les allemands largement impliqués et dans la spéculation sur la Grèce et dans les difficultés de gouvernance de l'Euro (les accusations sur les prétendus défaut congénitaux des peuples méditerranéens, de la part de certains hauts responsables à Berlin, en dit long sur les facteurs subjectifs de la rationnalité européenne de l'Allemagne), et qui ont intérêt à mettre un nuage de fumée devant leur économie pas en si bon état que ça.

Alors oui, il existe des scenarii de dislocation de l'union monétaire, voire de l'Union tout court. Des scenarii parmis d'autres. C'est en tant que tels et seulement en tant que tels que les perspectives pessimistes dont il est question ici devraient être présentées, et pas comme une énième fin du monde. Qu'un système ne fonctionne pas est une chose. Qu'il cesse soudainement d'être en ne laissant que du vide et le chaos en est une autre, peu probable. L'Europe a de l'avenir, reste à savoir lequel. Une chose est sûr, il ne devra rien au hasard ou à des accidents, mais bien à des décisions politiques, qu'il faudra assumer. C'est peut-être d'ailleurs à assumer que l'Europe et ses citoyens doivent apprendre. Et à ne pas prendre leurs crises de moral pour des réalités, comme des enfants dépressifs et passablement capricieux dès qu'arrivent les difficultés. Et n'oublions pas non plus que sur la question financière, la confiance est la base des mécanismes de réaction des acteurs. Alors arrêtons de jouer avec le feu du pessimisme non légitime.

 

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Published by Jean-Marc Huissoud - dans Europe
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