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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 06:45

Ce vieux duel n’a probablement jamais été aussi présent qu’aujourd’hui dans le processus de la construction européenne depuis la Seconde guerre mondiale. Quelle Europe veulent les européens : un simple grand marché commun ou une Europe sociale et politique?

Symboliquement, le dilemme entre une vision libérale et une vision dite sociale de l’Union européenne a été incarné respectivement par le Royaume-Uni, d’un côté, et la France et l’Allemagne, de l’autre.

Aujourd’hui, cette question revient avec une nouvelle force suite à l’annonce par David Cameron mercredi 23 janvier. Il s’engage à organiser, à l'horizon 2015-2017, un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'Union européenne, jugée « trop sociale » et/ou « trop politique » par les Britanniques. Bien que Cameron ait déclaré qu'il n'était pas dans l'intérêt économique du pays de sortir de l'Union européenne, il a dans le même temps indiqué que son gouvernement examinait actuellement quels pouvoirs pouvaient être rapatriés de Bruxelles. Le « rapatriement » des pouvoirs ? Voilà, une belle notion pour masquer la réalité. N’est-elle pas séduisante, cette approche sélective de l’acquis communautaire qui est, rappelons-le, une condition sine qua non pour appartenir à l’Union ? Et pourquoi pas 27 approches sélectives dans ce cas, chacun des Etats membres redessinant l’Europe à sa façon ? Voilà une belle architecture institutionnelle qui conviendrait à tout le monde… sauf à l’Union en tant que telle car celle-ci n’existerait tout simplement plus.

Cette décision est une excellente illustration de ce que Guillaume Klossa et Jean-François Jamet appelle, dans leur livre « Europe, une dernière chance ? », une « provincialisation des élites nationales ». Aujourd’hui, la majorité des représentants de la nouvelle génération d’élus pensent leur investissement européen en termes de risques à court terme et de rentabilité politique locale. L’Europe devient de plus un plus un prétexte pour justifier telle ou telle décision nationale. La décision de David Cameron d’organiser un référendum répondrait parfaitement à sa préoccupation d’améliorer son score avant les prochaines élections britanniques en mai 2015, son image étant en pleine dégradation selon les sondages.

Une question se pose tout naturellement suite à l’annonce de la décision du premier ministre britannique : Et après ?  Quelles seraient les conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ? Qui seront les gagnants et les perdants ?

Pour l’Union, malgré toutes les difficultés que l’appartenance des Britanniques a pu engendrer depuis 1973, ce serait une perte symbolique, économique et même politique importante, si l’on raisonne en termes de puissance sur la scène internationale. Cette potentielle sortie pourrait constituer une véritable menace à la légitimité de l’Union, un précédent pour tous les autres membres et une entrave supplémentaire dans la recherche du compromis au niveau européen.

Pour les Britanniques, toute la question est de savoir comment ils arriveront à négocier les conditions de leur sortie. Les bénéfices du marché intérieur ont toujours été considérés comme l’atout principal de leur appartenance à l’Union européenne. Sauront-ils négocier leur sortie de l’Union tout en faisant partie du marché intérieur ? Le cas échéant, ce serait une épreuve extrêmement dure pour l’économie du Royaume-Uni, même si les négociations en cours d’un accord de libre-échange UE-USA peut apparaître comme une opportunité de ne pas tout perdre sur ce plan pour le Royaume Uni. Quoi qu’il en soit, la puissance économique de l’Union européenne dans notre monde globalisé est 7 fois supérieure à celle du Royaume-Uni. L’Union est de loin le plus important marché pour les exportations britanniques (plus de 50%), 10% des emplois insulaires en dépendent. Le Royaume-Uni aurait beaucoup de mal à supporter le retour des tarifs commerciaux, aujourd’hui inexistants au sein de l’Union. Ajoutons à cela le risque de dévaluation de la monnaie britannique et les conséquences que celle-ci pourraient avoir sur le commerce du Royaume-Uni… Un tel scénario serait dramatique pour les politiques au pouvoir et pour la situation sociale dans le pays. Rajoutons, encore la rupture symbolique associée au « divorce » avec l’Union européenne, dont l’acceptation concrète serait sûrement difficile (n’oublions-pas les 44% des Britanniques qui sont pour l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union…).

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Published by Katia Zhuk
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