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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 16:17

Il y a quelques années encore, personne n’aurait cru à la conclusion d’un accord d’association entre l’Union européenne et l’Ukraine. Suite à l’échec de la « révolution d’orange » de 2004 et la montée de la pression de la Russie sur son voisin du sud-ouest, l’étiquette « zone d’influence russe » semblait définitivement associée à l’Ukraine.

La situation est aujourd’hui bien différente. L'Union européenne devrait signer avec l'Ukraine un accord d'association lors du sommet de Vilnius de fin novembre. Il semblerait qu’aucun obstacle majeur ne se dresse devant la conclusion de cet accord, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch se montrant prêt à résoudre le cas de l'opposante Ioulia Timochenko, source de tension entre l’Union européenne et l’Ukraine. L’appui particulièrement solide de la Pologne et de la Lituanie vont certainement renforcer les chances de l’Ukraine de partir de Vilnius avec un accord d’association signé.

Le Sommet de Vilnius va ouvrir une nouvelle page dans l’histoire post-soviétique de l’Ukraine. La signature d’un accord d’association avec le premier pays de ce qu’on a l’habitude d’appeler « l’étranger proche russe » est susceptible d’apporter de réels changements dans l’évolution interne de l’Ukraine mais aussi dans la perception de ce pays à l’étranger. Il s’agit du premier accord fondé sur une association politique entre l’UE et un pays du partenariat oriental. Il est sans précédent en termes d’ampleur (le nombre de domaines couverts : croissance, gouvernance et coopération sectorielle dans des domaines comme l’énergie, le transport et la protection de l’environnement, la coopération industrielle, le développement social et la protection sociale, l’égalité des droits, la protection des consommateurs, l’éducation, la jeunesse et la coopération culturelle) et de profondeur (la précision des engagements et des délais). Une zone de libre-échange « approfondie et complète » serait ainsi mise en place entre l’Union européenne et son voisin oriental.

Sans chercher d’ambiguïté au niveau officiel – il n’y en a pas, l’accord d’association ne garantit pas l’intégration dans l’Union européenne – nous avons toutes les raisons de croire dans la perspective d’une possible adhésion future de ce pays à l’UE. Tout d’abord, Viktor Ianoukovitch semble avoir définitivement pris le cap à l’ouest, essentiellement sous la pression des milieux d’affaires, son soutien majeur aux élections. Ce changement dans sa politique (d’un président pro-russe vers leader pro-européen) semble suivre les évolutions internes au sein de la société ukrainienne : paupérisation, changement de générations n’ayant pas ou peu connu l’URSS, société fatiguée des tensions et de la vulnérabilité vis-à-vis du voisin russe. Côté européen, les chances de poursuive l’élargissement à l’est semblent tout à fait raisonnables. Aujourd’hui, malgré la crise, l’Europe poursuit son élargissement. La Croatie est entrée dans l’Union le 1er juillet. Huit autres candidats sont dans la file d’attente : Turquie,  Ancienne République Yougoslave de Macédoine, Islande, Monténégro, Serbie (cinq candidats officiels) et Bosnie-Herzégovine, Albanie et Kosovo (trois candidats potentiels). La stratégie politique de poursuivre l’extension à l’est paraît tout à fait probable dans le contexte de refroidissement des relations de l’Union avec la Russie. La capacité d’intégration, entrave technique qui aurait pu être invoquée au niveau européen, semble absente des discours officiels à l’égard de l’Ukraine. Les atouts socio-économiques de cette dernière (ressources minières du pays, accès à la Mer noire, immensité du territoire, etc.) vont certainement jouer un rôle important dans d’éventuelles négociations d’adhésion. Enfin, l’Ukraine semble avoir trouvé de vrais alliés en la Lituanie et la Pologne, pays dynamiques ayant de plus en plus d’influence au sein de l’Union européenne.

Relativisons cependant cette envolée optimiste. L’entrée de l’Ukraine dans l’Union n’est pas envisagée à court terme. La liste d’attente est déjà très longue. Les problèmes internes sont encore très importants en Ukraine et le pays n’est pas (encore) en mesure de répondre aux critères de Copenhague sans avoir entrepris des réformes politiques et économiques de fond. Mais ces réformes, une fois engagées, ne prendraient pas plus de temps ni d’efforts que « la mise à niveau » aux standards européens réalisée par la Pologne, la Bulgarie ou la Roumanie afin d’entrer dans l’Union européenne.

Un point de vigilance fort demeure dans la poursuite de rapprochement entre l’Ukraine et l’UE, à savoir l’évolution de la position russe sur ce dossier. La Russie, premier partenaire commercial de l'Ukraine s’inquiète des conséquences du rapprochement en cours entre Kiev et Bruxelles. Reste à savoir dans quelle mesure les relations politiques euro-ukrainiennes seront le baromètre des rapports entre la Russie et l’Ukraine d’un côté, la Russie et l’Union, de l’autre.

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Published by Katia Zhuk - dans Europe
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