Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 11:20

Les relations entre l’Union européenne et la Russie oscillent depuis les années 1980 entre des périodes de rapprochement, dictées par la prise de conscience  des intérêts communs (gestion des frontières, commerce, dont celui des ressources énergétiques, migrations, etc.), et celles de dissension, liées essentiellement à l’incompatibilité des modèles politiques.

 

Le dernier Sommet UE-Russie, les 20 et 21 décembre à Bruxelles, a été marqué par les différends de nouveau ressortis entre les deux partenaires : les dossiers iranien et syrien, l’énergie, les droits de l’homme, etc.  


Toutefois, aujourd’hui, malgré l’absence de projet et de stratégie de coopération communs, les européens et les russes ne peuvent pas se passer l’un de l’autre. L’Union européenne est le premier partenaire commercial de la Russie, celle-ci est troisième dans la liste des partenaires de l’Union, après les Etats-Unis et la Chine. Surtout, la dépendance énergétique est très pesante pour les deux parties. D’un côté, les ressources énergétiques représentent, depuis plusieurs années, entre 70 et 80% des importations européennes de Russie. De l’autre, autour de deux tiers des exportations russe en gaz naturelle et de pétrole, la base de l’économie de la Russie, sont destinées aux marchés européens.

 

Dans le contexte du développement du gaz de schiste dans le monde, il est important de s’interroger sur l’impact de l’exploitation de cette nouvelle source d’énergie pour la Russie, l’Union et pour leur relation.

 

Compte tenu des rythmes d’exploitation du gaz de schiste dans le monde - selon l’Agence internationale de l'énergie (AIE), le gaz non conventionnel (dont le gaz de schiste) fournira près de 30 % de la production gazière mondiale d'ici à 2035, contre 16 % en 2011 – les nouveaux risques vont se dessiner pour les producteurs des matières premières conventionnelles. La Russie risque de perdre des partenaires potentiels (les Etats-Unis et la Chine), sur lesquels elle avait compté pour diversifier ses marchés. Il semblerait que ses partenariats européens soient également revus (la Pologne, la Hongrie, la Roumanie et la Lituanie ont annoncé qu’ils allaient se mettre au gaz non-conventionnel afin de diminuer leur dépendance vis-à-vis de la Russie). En outre, l’exploitation du gaz de schiste influencera le niveau de prix des matières premières sur les marchés internationaux. L’économie russe risque de subir des conséquences néfastes de l’éventuelle chute de prix.

 

Quelle stratégie adopter ? Difficile de mettre plus de pression sur la « vieille » Europe (des volumes de gaz et de pétrole de plus en plus importants, des contrats de longue durée. Cette pression peut très vite atteindre ses limites compte tenu du fait que fin décembre 2012, la Commission Energie européenne s’est prononcée en faveur de l’importation de gaz de schiste en provenance des Etats-Unis. D’ailleurs, plusieurs pays de l’Europe de l’Est pourront, à terme, prétendre au rôle d’exportateurs des ressources non-conventionnelles.

 

Les russes pourraient intensifier la diversification de la structure de leur économie et chercher des sources de substitution de pertes dans les recettes de l’Etat, liées au développement du gaz de schiste dans le monde. Toute la question est de savoir, quel secteur développer ? L’industrie et l’agriculture russes, dans l’état actuel, ne semblent pas être des sources suffisantes pour pouvoir combler les pertes éventuelles dans la trésorerie. Un grand effort de modernisation et d’investissements serait nécessaire pour stabiliser le budget. Mais cette stratégie, déjà engagée, n’a pas donné grand-chose jusque-là.

 

Il ne faut pas non plus dramatiser la situation. Nous ne sommes qu’au début de la page schiste dans l’exploitation des matières premières dans le monde. Les russes, à condition d’agir vite, pourraient être en mesure de s’adapter à la nouvelle variable géopolitique. Une croissance assez importante depuis plusieurs années, une dette publique relativement basse et, paradoxalement, les caractéristiques du régime politique russe pourraient être les éléments de solution, mais… celle-ci doit survenir vite et elle demandera des réorganisations importantes dans l’économie de ce pays de plus de 140 millions d’habitant. La Russie de Poutine est-elle prête pour des réformes ? Il faudra qu’elle rassure ses partenaires et les investisseurs (la Russie est notable pour son insécurité juridique) au préalable.

Partager cet article

Repost 0
Published by Katia Zhuk
commenter cet article

commentaires