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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 10:59

 Le cœur de l’Arctique est un océan dont le statut est réglé par la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, signée en 1982. Ainsi, les eaux territoriales sont contrôlées par les Etats qui l’entourent : le Canada, les Etats-Unis (via l’Alaska), la Russie, la Finlande, la Norvège, la Suède, l’Islande et le Danemark (via le Groenland). Ces pays ont en conséquence la possibilité d’exploiter une zone économique exclusive, qui s’étend jusqu’à 200 miles nautiques de la cote. Au delà se situe la haute mer, qui jouit d’un statut international.

La donne stratégique a récemment évolué dans cette région: d’un point de vue historique, la fin de la guerre froide a rendu moins légitime la présence et l’emprise américaines dans l’extrême nord canadien notamment. Par ailleurs, le réchauffement climatique est particulièrement sensible et rapide en Arctique, faisant reculer la banquise et ouvrant des voies potentiellement navigables grâce à cette fonte des glaces.

Une stratégie liée à des enjeux spécifiques

Un enjeu énergétique:

En effet, l’Arctique pourrait être une des régions les plus riches en hydrocarbures. Dans cette zone, 20 milliards de barils de pétrole et 8 000 milliards de m3 de gaz ont déjà été découverts. Les réserves totales seraient estimées (d’une façon optimiste) à 80 000 milliards de mètres cube de gaz et 200 milliards de barils de brut. Rappelons que la consommation actuelle d’hydrocarbures est de 30 milliards de barils de pétrole et 3 000 milliards de m3 de gaz par an .

Par ailleurs, le plateau recèle également de multiples minerais, tels l’or, le rubis, les diamants, le nickel, le zinc, etc. Ces zones privilégiées se trouvent à 95 % à l'intérieur de la zone territoriale des 200 milles marins de chacun des Etats concernés.

Il est difficile de déterminer les limites de ces zones, en particulier dans les nouveaux couloirs maritimes. Il n’y a aucune véritable surveillance de ces lignes, ce qui pose la problématique des différents mécanismes de contrôle comme les systèmes satellitaires, de protection civile et de formation des marins.

L’enjeu est également environnemental :

La banquise, peu épaisse, est en diminution constante, du fait du réchauffement climatique. En conséquence, les différents écosystèmes de la région sont menacés et le mode de vie traditionnel des peuples arctiques est remis en cause. De plus, du fait du rétrécissement de la banquise, les activités de transport et l’exploitation des hydrocarbures seront accrues.

Par ailleurs, de nouvelles routes commerciales comme le passage du Nord-Ouest et le passage du Nord-Est seront ouverts et l’augmentation du trafic pétrolier qui en résulterait ferait peser des menaces supplémentaires sur l’environnement (risque d’accidents et de catastrophes écologiques à grande échelle). La définition de critères environnementaux est donc nécessaire et devrait être adoptée au niveau international, afin d’être plus efficace.

En août 2007, un drapeau russe a été planté au fond de l’océan symbolisant les revendications de Moscou sur cette zone qui renferme d'importantes réserves de gaz et de pétrole inexploitées. Cet espace est donc l’objet de convoitises et les différents Etats concernés se livreront sans doute à une « course à l’énergie ». La convention sur le droit de la mer offre en effet la possibilité pour les pays signataires, dans un délai de 10 ans après sa ratification, de déposer des revendications sur les fonds marins s’ils souhaitent étendre leur souveraineté au large de leurs côtes. C’est dans ces conditions notamment que la Russie et le Danemark tentent de prouver leur souveraineté sur la dorsale sous-marine de Lomonosov, qui, pour les Danois, serait le prolongement du plateau du Groenland dont la surface maritime serait en conséquence étendue de 200 000 km carrés. Mais les Etats-Unis, le Canada et la Norvège ont fait valoir des revendications similaires sur d’autres portions de la zone.

L’Union européenne, nouvel acteur dans la géopolitique de l’Arctique ?

L’évolution de la situation en Arctique a imposé à l’Union européenne de définir une politique, les intérêts qu’elle compte défendre et comment y parvenir.

C’est dans ce sens que la Commission européenne a présenté le 20 novembre 2008 une communication intitulée « L’Union européenne et la région arctique ». En effet, « l’Arctique est une région unique et vulnérable située à proximité immédiate de l’Europe(…) » (
Benita Ferrero Waldner, Commissaire chargée des Relations extérieures et de la Politique européenne de voisinage) et « une action coordonnée est nécessaire(…) » (Joe Borg, Commissaire chargée des Affaires maritimes et de la Pêche) . Ceci fait suite à la résolution présentée par Michel Rocard au Parlement européen le 9 octobre, et acceptée à une très large majorité, pour l'adoption d'un traité international pour protéger la région arctique.

Sur les 8 pays de la région, 3 sont membres de l’Union européenne (Danemark, Finlande et Suède), 2 sont des membres de l’espace économique européen (Islande et Norvège) et les 3 derniers sont des partenaires stratégiques de l’Union européenne (Canada, Russie et Etats-Unis).

La communication de la Commission prévoit plusieurs objectifs:

-il s’agit tout d’abord de la protection et préservation de l’Arctique en accord avec sa population (environnement et changement climatique, soutien à la population locale et aux personnes indigènes…)

-la promotion de l’exploitation durable des ressources : hydrocarbures, pêche, moyens de transport et tourisme

-enfin, la contribution à une meilleure gouvernance multilatérale de l’Arctique est démontrée : il n’y a pas de traité spécifique sur l’Arctique, comme ce peut être le cas pour l’Antarctique. Les principaux problèmes concernent en particulier la fragmentation de son cadre légal.

Pour y parvenir, plusieurs propositions ont été présentées:

Il s’agirait de créer de nouvelles infrastructures de recherche, mieux contrôler les produits chimiques et améliorer la surveillance maritime.

L’idée d’inscrire les questions arctiques parmi les questions prioritaires à l’ordre du jour des problèmes internationaux et la demande de l’obtention du statut d’observateur permanent au Conseil de l’Arctique (forum intergouvernemental créé en 1996 traitant de ces problématiques et regroupant les 8 Etats « arctiques » et trois pays observateurs) permettrait à l’Union européenne d’être représentée à part entière et non pas à travers certains de ses Etats membres. En tout état de cause, l’Union ne pourrait être absente économiquement et politiquement de cette région. L’Arctique est une réponse possible à la stratégie européenne d’approvisionnement énergétique et serait un moyen pour une meilleure coopération avec les pays de la région. Si sa sécurité énergétique montre la nécessité de liens avec la Russie notamment, tout le défi pour l’UE est de devenir un acteur stratégique dans le Grand Nord. C’est dans cet esprit de collaboration que l’Union européenne arrivera à influer et à protéger ses intérêts.

Enfin, le défi environnemental montre que ce continent se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. L’UE ne peut y être que sensible.

Les nouvelles tendances géopolitiques sont liées à plusieurs défis : en effet, pour l’ensemble de la communauté internationale, la sécurité régionale et la protection de l’environnement sont des éléments primordiaux ; en parallèle, un effort financier certain de la part des pays riverains devra être mis en œuvre. Mais quelle politique adopter ? Allons-nous assister à une neutralisation géopolitique ou alors à l’émergence de nouveaux dynamismes régionaux ?

Des mesures de collaboration sont d’ores et déjà établies, comme c’est le cas entre les Etats-Unis et le Canada pour la défense de l’Amérique du Nord.

En ce qui concerne l’Union européenne, plusieurs politiques existantes appellent à être renforcées : parmi celles-ci, la dimension nordique, reconduite en 2006, concerne plus particulièrement 4 pays de l’Union européenne ainsi que de la Russie, avec la participation de la Norvège et de l’Islande. Un accent est mis sur le Grand Nord, afin de protéger par exemple l’environnement fragile et d’aborder les problématiques sociales et culturelles. Ceci est mis en place grâce à des organismes intermédiaires tels le Conseil de l’Arctique ou le Conseil euro-arctique de la mer de Barents (forum de coopération intergouvernementale dans la région de Barents).

De surcroît, la politique européenne de sécurité et de défense, par le biais des différentes actions communes, permettrait de mieux prévenir les menaces visant la région, qu’elles soient économiques ou environnementales. 
L’Union européenne aurait donc un véritable rôle d’influence à jouer, en apportant son expertise et ses méthodes de dialogue. Par ailleurs, les garanties financières qu’elle pourrait apporter aux investisseurs dans la région ne seraient pas de trop alors que la situation économique mondiale est au plus bas.

Voir aussi : La bataille du grand nord a commencé, par Richard Labévière et François Thual, Editions Perrin, 2008

Yaël Collet est titulaire d'un Master Recherche en Droit Public Compéré Européen (Paris I Sorbonne) et chargée de mission à la direction de la coopération européenne au ministère des affaires étrangères et européennes.

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Published by Yaël Collet - dans Puissances
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