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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 08:25
Texte tiré de la conférence effectuée par des professeurs de classe préparatoire, au lycée Henti IV, pour présenter les enjeux géopolitiques de l’année à venir, le 9 octobre 2008. 

Retrouvez l'intégralité de la conférence en format Word

Un nouveau président prend en main, en novembre, les rênes de la première puissance mondiale. L’exercice est périlleux, les 8 ans qui viennent de s’écouler semblant avoir abouti à un échec total. Qu’attendre des candidats en lice en politique internationale ?

La réponse n’est pas dans les discours respectifs : ils sont empreints des conventions propres à la période électorale, les traditionnels appels à la « Mission Américaine », la notion de sécurité, celle d’ « intérêts vitaux », sans que des définitions claires en ressortent. Ces discours ne sont pas sans contradictions, surtout si on les joint avec les promesses fiscales. Ce sont des discours à usage interne qui ne préfigurent en rien ce que seront les relations extérieures des USA à l’avenir.

Sans doute y-a-t-il des différences de style. Obama paraît plus patient, prudent dans ses déclarations, et naturellement porté vers la diplomatie. Mc Cain, très nixonien, insiste sur la restauration de la puissance préalable à la diplomatie. En fait, c’est sur l’Irak que les candidats divergent le plus : erreur (voire faute) à réparer pour Obama, victoire à confirmer pour Mc Cain. Les deux cependant souhaitent clore le dossier et se recentrer sur l’Afghanistan.

C’est dans le contexte qu’il faut aller chercher des indices des évolutions futures.

I.                    Jamais depuis 1945 les USA n’ont semblé à ce point restreints dans leurs choix politiques.

A l’intérieur, le nouveau président se heurtera à des ressources vraisemblablement réduites par la crise financière, une exigence de restauration de la confiance économique, et un congrès désireux d’encadrer une administration sur l’utilisation de budgets, les électeurs exigeant des comptes. La diplomatie financière américaine en subira les répercutions.

Par ailleurs, les forces armées n’ont pas de réserves pour un nouveau conflit de type irakien. La volonté de Mc Cain de les renforcer risque de se heurter à la contrainte précédente. Peu probable donc que les USA se lancent dans un conflit militaire avec l’Iran, d’autant que le relatif échec en Afghanistan ne leur inspire pas confiance dans leur capacité à l’emporter.

Enfin, le Soft Power des USA semble s’être en grande partie évanoui (aucun analyste aujourd’hui ne le conteste), tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, de par l’unilatéralisme et les atteintes aux valeurs américaines au nom de la guerre contre le terrorisme : le mensonge irakien, Guantanamo, le Patriot Act.

Le nombre d’alliés fiables des USA s’est amenuisé. Plus aussi sûrs l’Arabie Saoudite, le Pakistan, l’Irak dont le gouvernement manifeste des signes d’impatience. Le Grand Moyen Orient souhaité est déstabilisé, les Républiques d’Asie Centrale se tournent de nouveau vers Moscou pour leur sécurité. Les Etats voyous n’ont guère souffert au final de la croisade pour la démocratie : Soudan, Zimbabwe, Corée du Nord, Iran. Dans le pré carré américain, le bolivarisme anti-américain s’est pérennisé, La Havane semblant même plus fréquentable que Caracas. Enfin, l’intransigeance des USA vis-à-vis des pays tiers priés de se réformer a profité à la Chine et à Moscou, qui ont pu ainsi étendre leur influence sur la scène internationale.

Le nouveau président aura à gérer une situation héritée, avec des moyens moindres, moyens qui feront également défaut pour toute nouvelle initiative d’envergure ou, plus généralement, pour permettre un changement radical de géométrie de la diplomatie américaine.

II.                  Concrètement à quoi s’attendre ?

A un retrait relatif des Etats-Unis du devant de la scène, au profit d’une diplomatie plus concertée, notamment auprès des alliés européens qui ont, dès lors, l’opportunité de renforcer leur rôle, dans l’alliance atlantique notamment. Outre l’alliance, cela pourrait aussi peser sur la politique africaine (une aide renforcée des Etats-Unis et de l’Europe à l’Union Africaine ?).

Il est probable que les USA profiteront si possible de la prise de distance par Pékin vis-à-vis de Moscou pour normaliser leurs relations avec la Chine, la question taïwanaise, avec l’arrivée au pouvoir des nationalistes, ne constituant plus, pour l’instant, une pierre d’achoppement. Ce rapprochement est aussi souhaitable pour contrer le spectre d’un axe continental entre les deux géants, un cauchemar de géopoliticien. Le rapprochement avec l’Inde se poursuivra aussi.

Les USA ratifieront des accords internationaux à haute valeur symbolique : Kyoto, le traité sur les mines anti-personnelles. Reviendront-ils aux accords SALT II dénoncés en 2001 ? Ce serait la fin de la stratégie IDS dont les enjeux sont stratégiquement et militairement considérables. Ce choix dégèlerait durablement les relations avec la Chine et Moscou, mais déplairait aux Européens de l’Est et aux Japonais.

Restent certaines incertitudes.

-              Comment les USA géreront-ils leurs relations avec l’Amérique Latine ? Une normalisation avec Cuba est probable, mais cela influera-t-il Hugo Chavez et Evo Morales ?

-              Les grandes firmes américaines devront-elles accepter une réduction du soutien résolu accordé par les agences du gouvernement ? Ou les impératifs économiques feront-ils perdurer cette aide, souvent aggressive, dont Washington, par les oppositions rencontrées à l’OMC, se rend compte qu’elle pèse lourdement en négatif pour son Soft Power ?

-              La promotion de la démocratie via les ONG va-t-elle devenir plus discrète ? L’ingérence des USA dans les affaires intérieures de certains pays, surtout dans l’étranger proche russe, a été, au final, assez contre-productive.

-              En revanche, il est probable que le soutien politique à Israël ne sera pas remis en cause. Ce point, à lui seul, pourrait nuire à l’efficacité d’une politique de reconstruction de l’influence américaine.

Selon toute probabilité, c’est une Amérique moins musclée, plus multilatérale qui se dessine. Mais une Amérique qui risque de devoir réagir à une série de tests sur le Limes de son Empire de la part de concurrents soucieux d’évaluer sa détermination : la Russie peut-être déjà dans le Caucase, l’Iran tenté de passer outre une menace devenue moins crédible, les pays du Sud plus déterminés à l’OMC. Même les Alliés peuvent être tentés de se reconstruire des marges d’autonomie, notamment dans le cadre de l’Alliance Atlantique.

Comment réagira l’Amérique à ces tests ? C’est là que la personnalité du président élu aura le plus d’influence.



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Published by Jean-Marc Huissoud - dans Puissances
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