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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 06:22

II) Quelles sont les conséquences de l’émergence des BRIC’s.

1) Une évolution dans le temps.

Une période de désinflation.

Les pays émergents se sont progressivement intégrés à la division Internationale du Travail. La Chine s’ouvre au début des années 1980 avec l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping, le Brésil à la fin de cette décennie et la Russie opère son « retour gagnant » depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. L’irruption des pays émergents, aux premiers rangs desquels les BRIC’s, modifie le schéma productif et les flux commerciaux internationaux car ces nouveaux producteurs augmentent l’offre industrielle, énergétique et agricole. L’Intégration des NPIA dans le système productif mondial a provoqué une crise–mutation qui frappe les PDEM dans les années 1970, celle des pays émergents provoque une désinflation mondiale dans les années 1990 du fait d’une surproduction planétaire et une demande artificiellement soutenue par la dette. Les consommateurs des pays riches sont les grands gagnants de l’insertion de la Chine ou de l’Inde dans le processus de la division internationale du travail. Ainsi Wal-Mart, 1ère entreprise de distribution dans le monde, traite avec 80% de fournisseurs chinois et fait baisser le prix de ses produits. Presque 100% du textile vendu à Carrefour a la même origine. En achetant ses jeans à 5 euros dans ce grand distributeur on donne du travail à 4,5 millions d’ouvriers textile chinois. Comment les grandes enseignes de distribution pourraient résister à des paires de chaussettes produites pour 30 centimes d’euros, les robes 4 euros, les T-shirts 90 centimes d’euros. En s’approvisionnant en Chine, H et M a gagné 60% sur les prix d’achat.

Le bonheur des consommateurs des pays riches a un revers, l’exploitation des travailleurs textile chinois payés 60 centimes d’euros de l’heure pour des semaines de 60 à 80 heures, le malheur de l’ouvrier textile européen ou des PED concurrents de la Chine (selon le FMI, le Bangladesh a perdu 1 million d’emploi textile). La Chine reproduit le modèle exportateur nippon et exporte désormais surtout des ordinateurs (50% de la production mondiale et 15% de ses exportations) et de la Hi fi (jusqu’au téléphone portable, 40% de l’électronique grand public, 14% de ses exportations). Les prix chinois défient toute concurrence grâce aux petits doigts des enfants qui trient les composants électroniques.

Les pays émergents ont progressivement pris le relais de la croissance mondiale. Ce glissement sans heurt majeur a provoqué une tendance baissière du coût des produits transformés

Une période inflationniste

L’affirmation de ces nouveaux producteurs provoque, pour la cinquième année consécutive, une hausse des prix des matières premières : l’économie mondiale réclame toujours plus de minerais, de produits de base agricoles et énergétiques. Depuis 2003, le prix du cuivre a augmenté de 400%, celui du pétrole de 250%, celui de l’or de 174%. Et les analystes de s’émerveiller en 2006 que cette hausse ne se traduit pas par une hausse des prix à la consommation. E. Izraelewicz compare la Chine à un « vampire du milieu » qui aspire les matières premières pour satisfaire les besoins d’une croissance économique à 2 chiffres, comme elle semble aspirer les emplois manufacturiers. La mondialisation tire de la misère 300 millions de chinois, permettant l’étoffement d’une petite « middle class » en Inde comme en Chine ou en Afrique du Sud et l’enrichissement des élites dans tous les pays émergents. Leurs besoins agricoles sont donc croissants. La mondialisation véhicule des valeurs occidentales : les Asiatiques se mettent à consommer davantage de produits laitiers, de blé et de viande et il suffit d’une mauvaise conjoncture (sécheresse en Australie) pour que le prix de nos assiettes flambe…l’amélioration de l’offre agricole du Brésil, futur géant dans ce domaine, ne suffit pas à faire face à la demande

La croissance des pays émergents nécessite, bien sûr, toujours plus d’énergie : la demande en hydrocarbure est croissante quand l’offre stagne pour plusieurs raisons. Le $ étant faible, les membres de l’OPEP ne souhaitent pas augmenter leur production pour maintenir un cours élevé. De par les prévisions actuelles d’exploitation à ce rythme (d’une quarantaine d’années pour le pétrole et 70 ans pour le gaz naturel) les producteurs ne sont pas pressés de rapprocher l’échéance. Le cours du baril de pétrole connaît donc une augmentation vertigineuse depuis 2005 : Goldman Sachs prévoit (au printemps 2008) 150$ pour l’été et peut-être 200$ pour l’hiver 2008.

Le contexte géopolitique (guerre en Irak, tension au Kurdistan, faiblesse des réserves stratégiques des Etats-Unis) et la spéculation expliquent aussi pourquoi le prix du contenu de nos réservoirs flambe. D’un autre côté, ce prix élevé de l’énergie, et en particulier des carburants, satisfait les lobbies écologistes qui y voient une opportunité de repenser notre mode de consommation…le pétrole n’est pas prêt de redevenir une énergie bon marché bien qu’une baisse soit envisageable en cas de récession américaine.

En 2007 les bienfaits de la désinflation disparaissent. En Chine, l’inflation dérape à 6,9% : nous sommes à la fin d’une période car les prix élevés des matières premières commencent à se diffuser dans toute l’économie.

2) Les BRIC’s ont une nouvelle stature internationale.

Les pays émergents sont devenus des puissances financières.

Les BRIC’s sont devenus de grandes puissances commerciales, leur balance commerciale très excédentaire, en particulier pour la Chine, la Russie mais aussi dans une moindre mesure pour le Brésil, leur permet d’accumuler un véritable trésor de guerre qu’ils partagent avec les pays pétroliers (surtout depuis 2005). Ainsi, la Chine détient les premières réserves de changes de la planète (masse de monnaies étrangères) : plus de mille milliards de $ (1019 milliards d’euros), devant le Japon a qui elle a ravi ce rôle et la Russie qui en détient les 3ème (310 milliards d’euros). Quant à l’Inde elle en détient plus de 180 milliards et le Brésil plus de 120 à l’automne 2007 (Bilan du Monde 2008). Les pays émergents deviennent, comme les pétromonarchies, les nouveaux financiers de la planète. On assiste, en fait, à un vrai rééquilibrage à l’échelle mondiale car non seulement les pays émergents soutiennent la croissance mondiale en 2007, quand ralentit celle des Etats-Unis, mais en plus, s’est établi une sorte de « nouveau Bretton Woods » dont on constate en ce moment la fragilité. Le capitalisme mondialisé repose sur un paradoxe fondamental qu’il faut rappeler ici, même si c’est apparemment un jeu où tout le monde gagne. Les pays émergents, et en premier lieu la Chine, produisent ce que les Etats-Unis consomment (cf. Wal Mart : le consommateur américain est gagnant !) et utilisent le marché américain pour recycler leur épargne. Ainsi, les déficits extérieurs américains gonflent quand la Chine accroît ses actifs en $. Les importations des uns sont les exportations des autres et l’abondance des liquidités contribue à maintenir à un bas niveau les taux d’intérêts, autorisant plus facilement le crédit et soutenant la croissance ; L’offre satisfaisant la demande, le prix de l’argent n’a pas besoin de monter. L’équilibre de l’économie mondiale repose sur un étonnant paradoxe puisque ce sont des puissances pauvres, des PED, bien dotés en force de travail (en hommes) mais peu en capital (argent) qui financent un pays développé, la première puissance mondiale, bien doté, elle, en capital. Les banques centrales asiatiques soutiennent actuellement le cours du dollar, en en rachetant, pour éviter une trop forte dépréciation de leurs réserves monétaires : les Etats-Unis font reposer sur des tiers leurs impératifs monétaires.

La Chine et les Etats- Unis sont devenus profondément interdépendant : si Wal-Mart cesse d’importes des produits chinois, cela provoquera des difficultés dans l’Empire du Milieu. Si les Chinois vendent leurs bons du Trésor américain, ils provoqueraient un krach aux Etats-Unis. La masse de l’épargne est telle dans certains pays émergents, qu’à l’image des émirats pétroliers ou de certains pays développés (comme la Norvège), ils envisagent de créer des fonds souverains, bras financiers d’une politique étatique.. La Chine l’a fait en septembre 2007 avec China Investment Corp, qui est doté de 136 milliards d’euros (=200 milliards de $) et d’après son président « la CIC devrait avoir un rôle stabilisateur dans une économie malmenée par les subprimes » (Lou Jiwei). La CIC s’est déjà emparée de 10% du fonds américain d’investissement BLACKSTONE et de presque 10% de MORGAN STANLEY (un des symboles de la puissance financière américaine renfloué par des capitaux venus d’un monde communiste !). La Russie a suivi grâce aux dividendes des hydrocarbures, alors que le Brésil participe à la création à la fin de 2007 d’une banque du Sud dont l’initiative revient au président vénézuélien Hugo Chavez et à ses pétrodollars.

Les déséquilibres de la finance mondiale expliquent l’arrivée en masse des fonds étatiques qui inquiète car elle révèle non seulement la dissymétrie commerciale (la Chine finance en partie le colossal déficit américain) mais aussi parce que si les fonds des pays du Golfe ont des stratégies purement financières (pas de prise de contrôle de sociétés), les ambitions de la Chine et de la Russie suscitent la défiance.

La percée de challengers : un ordre mondial qui bouge.

Ce rééquilibrage est aujourd’hui lisible à l’aune de la percée des FMN des BRIC’s. C’est une des conséquences de la fin de la guerre froide et du triomphe de l’économie de marché se traduisant par l’ouverture des marchés de l’Est et de l’Asie, d’où l’apparition de nouveaux marchés émergents pour les entreprises et une concurrence nouvelle par les coûts, la troisième étape étant l’irruption sur la scène capitaliste de grandes entreprises issues de pays émergents qui débordent de leurs frontières et osent des acquisitions toujours plus audacieuses. Ces challengers ont des points communs : ils se sont bâtis à partir d’avantages spécifiques (position dominante dans leur pays d’origine, accès préférentiel à une ressource naturelle), leur capital est contrôlé par une famille (Tata, Mittal) ou par l’Etat (essentiel des firmes chinoises ou russes), et disposent de ressources considérables et d’un appétit immense. Le Boston Consulting Group, BCG, (cabinet de consultants en stratégie) classe les 100 premiers challengers mondiaux en 2007 : 41 firmes sont chinoises, 20 sont indiennes, 13 sont brésiliennes et 7 sont russes. Le chiffre d’affaire de ces 100 challengers se monte à 833 milliards d’euros en 2006 (1200 en $) (+29% depuis 2004) et parmi les plus mondialisés on trouve : CIMC (compagnie chinoise de navigation), la COTEMINAS (société de textile brésilien), TCL (matériel électronique chinois), GERDAU STEEL (sidérurgie brésilienne), LUKOIL (pétrole russe). Ce rapport se conclue ainsi « les dirigeants des firmes des pays développés ont donc du souci à se faire et devrait se mobiliser, car la menace va aller en s’amplifiant. Dans les années à venir, des centaines d’autres entreprises issues de pays émergents vont avoir les mêmes performances que les 100 d’aujourd’hui ». Les BRIC’s ont tous des champions nationaux. Ainsi, les champions brésiliens sont CVRD, 2ème groupe minier mondial derrière BHP Hilton qui représente à lui seul 22% de l’excédent commercial national, CSN ou GERDAU sont des géants de l’acier. Enfin EMBRAER, privatisé en 1984, s’est développé sur le segment aéronautique régional où il concurrence des firmes de pays riches (le Canadien Bombardier) et les jets privés où il concurrence Dassault. Embraer envisage sérieusement le marché des moyens courriers dominé par Boeing et Airbus. La Russie a une évolution économique favorable, son PIB augmentant de 50% entre 1999 et 2005 permettant le retour d’une relative prospérité. Les entreprises russes préfèrent se faire coter à la City pour lever davantage de capitaux, mais elles ont mauvaise presse que ce soit GAZPROM, 3ème compagnie mondiale pour sa capitalisation financière (250 milliards de$) ou des nouveaux géants que l’Etat russe veut créer comme ATOMENERGOPROM (géant nucléaire créé en janvier 2008) ou OAK regroupant MIG, Iliouchine, Tupolev, Sukhoï). Bien que la balance commerciale indienne soit déficitaire, une vingtaine d’entreprises sont identifiées comme des « entreprises championnes de pays émergents », et elles occupent une place de choix dans le jeu mondialisé. Deux domaines sont très dynamiques, les services informatiques autour de TATA Consulting Service (TCS), Infosys ou Wipro qui offrent des solutions techniques à très bas coût, et celui de l’industrie pharmaceutique où RANBAXY, CIPPLA ou Dr REDDY’s sont des acteurs de premier ordre dans le domaine des médicaments génériques et non plus seulement des bons copieurs mais déjà des laboratoires innovants avec l’ambition de devenir des partenaires de grands groupes médicaux. La forte croissance chinoise est due à son dynamisme commercial avec le reste du monde, les entreprises chinoises n’hésitent plus à coter une partie de leur capital pour bénéficier de cash nécessaire à leurs investissements. On peut s’interroger sur le potentiel de menace que ces champions constituent pour les entreprises occidentales quand ils s’internationalisent. Le Xème plan (2001-2005) « going out » encourage les entreprises à s’internationaliser pour trois raisons : sécuriser l’accès aux matières premières, acquérir de nouvelles compétences et trouver de nouveaux débouchés (hors d’Asie du Sud-Est), alors que le XIème plan donne la priorité à l’innovation. China Mobile est le premier opérateur mondial avec 300 millions d’abonnés. HUAWEI est le fournisseur de 28 des 50 premiers opérateurs mondiaux de la téléphonie (British telecom, vodafone…). En juillet 2008 HUAWEI s’ouvre (pour 2 milliards de $) à des fonds américains pour conquérir les EU. Introduit en bourse le 4 novembre 2007, le groupe énergétique PETROCHINA est devenu la première capitalisation boursière du monde.

Leur caractéristique commune, c’est leur appétit d’internationalisation, ces firmes ne se contentent déjà plus d’être des concurrents pour celles des pays du Nord. En 2005 ont eu lieu 141 opérations de méga-fusions d’entreprises (plus de 1 milliard de $) dont 19 sont le fait de pays émergents ; elles sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus importantes. En 2005, les Brésiliens GERDAU et CVRD rachètent respectivement l’espagnol SIDENOR et le canadien INCO (=VALE) pour 20 milliards de $, la même année le chinois LENOVO rachète la branche PC d’IBM dont il garde le nom jusqu’aux jeux de Pékin dont il est l’un des principaux sponsors pour ensuite commercialiser tous ses PC sous son propre logo. En 2006 le russe SEVERSTAL prend le contrôle de RougeSteel (principal équipementier américain de FORD) et en juillet 2008 il ravit l’américain ESMARK à son concurrent indien ESSAR. En 2006 le sidérurgiste d’origine indienne Mittal fait une OPA sur le fleuron européen Arcelor qui lui a un temps préféré le russe Severstal. La même année le russe EVRAZ (société d’Abramovitch (patron du club de Chelsea) rachète Oregon Steel Mills. En 2007 Tata Steel rachète le sidérurgiste européen CORUS pour 13 milliards de dollars. Ces batailles témoignent de l’appétit des pays émergents dans le monde de l’acier. Le géant canadien de l’aluminium ALCAN se fait racheter par l’australo-brésilien Rio Tinto ce qui achève le dépècement de l’ex-champion français Pechiney qu’Alcan avait repris en 2003….A la fin de l’année passée, le producteur d’énergie éolienne allemand REpower est racheté par l’indien SUZLON au nez et à la barbe du champion français AREVA. En 2008 TATA lance La NANO, la voiture la moins chère du monde, et rachète en mars Range Rover et Jaguar. Ces challengers ont bâti leur puissance sur l’avantage d’une main d’œuvre de faible coût, et opère une remontée en gamme en rachetant parfois des entreprises de pays du Nord, comme la chinoise TCL qui rachète, en 2003, la branche TV de Thomson, ce qui lui permet de mettre la main sur nombre de brevets…Ce mouvement de rattrapage ne fait que commencer, d’autant que ces challengers disposent d’un autre atout, celui de la rentabilité (résultat opérationnel de 17% contre au mieux 14% au Nord). La prochaine étape est une convergence entre acteurs issus des pays développés et ceux des pays émergents, cela bouscule la position dominante des pays du Nord et amènera à une rapide recomposition du paysage industriel.

3) Et nous dans tout cela ?

Que ces pays émergents se piquent de consommer nos produits ou de les fabriquer, passe encore, mais de voir s’y développer des champions nationaux industriels qui partent à l’assaut de nos orgueils nationaux, c’est un peu fort ! L’émergence de nouveaux champions est inéluctable, et tous les challengers ne s’internationalisent pas, nous sommes dans une phase de transition qui appelle une réflexion, d’autant que le jeu n’est pas équilibré, les champions des pays émergents bénéficiant d’avantages exceptionnels, non reproductibles (dumping social, fiscal...) face aux entreprises du Nord, leur capital est verrouillé et ils ne craignent pas d’OPA contrairement aux groupes ouverts…L’avenir de CORUS en Europe apparaît incertain du fait du prix élevé de l’électricité en Grande-Bretagne. Par ailleurs, après avoir annoncé déjà la fermeture du site de Gandrange, Arcelor Mittal annonce en mars 2008, près de 2 ans après la fusion, qu’il va délocaliser en Inde la maintenance de ses logiciels. Le fait que ce géant de l’acier soit dirigé par un homme d’affaire d’origine indienne joue un rôle clé dans le choix des entreprises retenues. Après les emplois peu qualifiés, ce sont les emplois de cadres qui sont en concurrence.

 G Thoris pose la question : « votre patron sera-t-il indien ou chinois? » (in Inde, Chine à l’assaut du monde, rapport Antheios 06)

Le Sud se paie le Nord ! Sommes-nous dans une 3ème phase (affirmation, nouvelle stature) ?

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Published by Axelle Degans - dans Puissances
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commentaires

Michelle 06/09/2015 10:02

Les prodigieuses réalisations de la Chine dans son entreprise sur les droits de l’homme démontrent pleinement qu’elle a pris la voie correcte du développement des droits de l’homme qui convient à ses conditions nationales