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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 14:41

Hier, deux individus convaincus de leur propre importance au point de s’arroger le droit de juger et condamner en lieu et place du Dieu qu’ils prétendent vénérer, ont commis un assassinat odieux, froid, préparé de longue date, pour une insulte sous la forme d’un dessin satirique.

Là s’est incarnée la bêtise, constante tragique de l’humanité et de son histoire.

Ces individus ont oubliés que religion signifie relier, pas détruire. Comme tous les actes de guerre, ils imaginent certainement qu’ils n’ont fait là que se défendre.

Face à cet acte, il faut à nouveau défendre les principes de notre liberté et de notre démocratie.

Il nous faut le faire en premier lieu en refusant la peur et la panique qui sourd aujourd’hui derrière notre indignation. Le faire en refusant les amalgames, bien sûr, naturellement. Mais pas seulement.

La démocratie et la liberté sont des concepts envers lesquels nous avons un devoir d’exigence.

Exigence d’abord de comprendre la mécanique de cet acte, qui s’il n’est pas dans notre rationalité, reste un acte rationnel, mais d’une rationalité perverse. Car ce qui s’est passé hier, c’est une violence verbale et médiatique à laquelle on a répondu par une violence tout court. Ce qui est né hier, c’est le fruit de notre complaisance envers l’exclusion de certaines communautés, de la distance entretenu entre eux et nous malgré les discours bien-pensants, pensant empêcher les ghettos simplement en les nommant pas. Ce qui est né hier, c’est aussi le fruit de notre complaisance envers les meurtres de civils au nom de la démocratie, à coup de bombe et de missiles sans pilotes, en Irak, en Afghanistan et ailleurs, sans que notre indignation ait été ou soit à la hauteur.

Notre responsabilité et notre devoir, c’est aussi de refuser ici et maintenant les discours de disqualification quels qu’ils soient. Ceux qui méprisent ou pointent d’un doigt accusateur ou méprisant une communauté de personne, que cette catégorie soit religieuse, de pratique sexuelle, sportive ou sociale, de genre, d’âge, de fonction ou de niveau social, ou bien sûr d'origine ethnique.

Car il n’y a pas de petit fascisme ni de petit racisme.

Or, ces discours se multiplient autour de nous, dans le débat public de ce pays et de l’Europe.

La réponse n’est pas par la loi ni par la censure, comme nous le faisons trop souvent. C’est dans notre culture démocratique et républicaine, dans les formes de discours et de réflexions ouverts qu’elle suppose que nous devons la chercher. Car les dictateurs aussi font des lois et des censures, et c’est bien pour censurer une parole au nom d’une loi supérieure que les assassins d’hier se sont crus en droit d’agir.

La liberté, oui, est exigeante dans son éthique. Sinon cela recommencera, ailleurs, pour d’autres raisons.

Attention donc au confort de voir dans les islamistes les seuls dépositaires de la violence aveugle, au confort de les percevoir comme fous. Il y a beaucoup de sortes de fous autour de nous, qui n’ont heureusement pas tous l’inconscience (il est hors de question de parler de courage) de passer à l’acte.

Soyons humbles, le monstre est en chacun de nous.

Alors oui, nous avons le droit à l’indignation, à la tristesse et à la compassion, le droit à la justice et à la sécurité, mais pas celui à la haine et au renoncement à la lucidité, car alors ils auraient gagné.

J’aurais pu être Charlie, mais Charlie est mort et je suis vivant et c’est donc à moi, et à nous tous, de continuer le chemin, et d’assumer en partie la responsabilité de ce qui s’est passé et celle d’un avenir où cela ne pourrait plus avoir lieu.

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Published by Jean-Marc Huissoud
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commentaires

Marchan 2reve 09/01/2015 06:31

Vous pourriez encore être un peu Cahrlie si tous les journaux du monde publiaient les satyres de Mahomet, pensez vous qu'il y aurait une fatoua sur toute la planète?
En laissant Charlie Hebdo partir seul au combat contre l'obscurantisme, vous en avez fait une cible...touchée en plein coeur aujoud'hui
Alors messieurs les journalistes soyez courageux et faites votre devoir, la solution est devant vous.

Jean-marc huissoud 09/01/2015 07:35

C'est exactement le contraire de ce que j'essaie de dire. J'étais au Liban au moment des caricatures de Mahomet et j'ai ressenti à quel point elles avaient été perçues comme une blessure pour des musulmans par ailleurs plutôt favorable à la France et à la laïcité. Caricaturer Mahomet ne pouvait qu'énerver les radicaux tout en mettant mal à l'aise ceux parmi les musulmans pour qui la religion est une façon d'être aux autres et au monde. C'est bien de ça dont je parle par "violence symbolique ou de discours" ayant entrainé une réponse de violence tout court. S'attaquer aux extrémistes est une chose, et Charlie hebdo aurait été accueilli favorablement dans le monde arabe, s'attaquer avec un certain mépris à la conscience des croyants en est une autre, qui n'a certes pas entrainé une soutien aux djihadistes, mais déçu beaucoup de monde dans cette région. Et inquiété aussi : j'ai vécu 2 jours d'angoisses parmi mes collègues libanais qui se demandaient combien de morts les blagues de potaches de Charlie Hebdo allaient entrainés dans leur pays (aucun en l'occurrence, les imams ont tenu le discours qu'il fallait pour calmer les passions).
L'obscurantisme, c'est aussi de croire que ceux qui ne croient pas comme nous se trompent nécessairement et sont des crétins arriérés. Il y a aussi un discours fondamentaliste et intolérant laïc.
La seule façon de combattre les extrémistes, c'est l'éducation et la culture républicaine, c'est le refus de la haine et de la disqualification de l'autre, c'est le dialogue avec tous et la reconnaissance de la dignité de tous. Evidemment, envers les criminels, il n'y a pas de tolérance ou de compréhension qui tienne, mais les criminels, en l'occurrence, ne sont vraisemblablement que deux.