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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 15:09

Charlie Hebdo : l’Union européenne à l’épreuve ?

Les événements du 7 janvier ont secoué toute l’Europe et bien au-delà. Les réactions de l’étranger ne se sont pas fait attendre : Ban KI-Moon, Barack Obama, le Pape François, Jens Stoltenberd, etc. Les exécutifs nationaux et de l'Union européenne ont très rapidement réagi, eux aussi : Angela Merkel, Donald Tusk, Jean-Claude Junker, David Cameron, etc. Dans son communiqué, Donald Tusk s’est dit profondément « choqué par l'attentat révoltant qui a eu lieu ce matin à Paris contre Charlie Hebdo. L'Union européenne se tient aux côtés de la France après cet acte effroyable. C'est une attaque brutale contre nos valeurs fondamentales, contre la liberté d'expression, pilier de notre démocratie. »

En effet, un véritable sentiment d’unité a saisi l’Union européen pendant les jours qui ont suivi l’attentat. Entre 1,2 et 1,6 million de citoyens, des dizaines de chefs d’Etats et de gouvernement du monde entier se sont rendu à la manifestation à Paris, dont les vingt-sept chefs d'Etat et de gouvernement européens ainsi que de nombreux fonctionnaires de l’Union entouraient à ce moment fort François Hollande en tête de la marche républicaine. Un moment inédit. Un vrai moment d’émotion.

Les émotions sont dotées d’une grande force dès lors que leur mobilisation affecte d’une façon importante la capacité d’action des acteurs. Quel impact l’émotion partagée suite aux événements du 7 janvier dernier aura-t-elle sur l’action européenne ? Que sera-t-elle ? L’attentat à Paris a été l’occasion pour les européens de prendre conscience des valeurs communes mais aussi des ennemis communs. Que peut faire l’Europe aujourd’hui pour mieux faire face à la menace inédite ? Existe-t-il une vision commune sur les démarches à suivre ?

Jean-Claude Juncker a annoncé le 8 janvier "un renforcement de la lutte contre le terrorisme, avec la mise à jour imminente de sa stratégie de sécurité à l'intérieur des frontières, comme à l'extérieur". Federica Mogherini, Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a confirmé que le prochain conseil des ministres européens des Affaires étrangères se saisirait lundi prochain du dossier du terrorisme.

Cependant, les mesures concrètes à adopter au niveau européen font l’objet d’une controverse. L'extrême-droite résurgente ainsi que la montée des partis populistes en Europe (les dernières élections européennes en sont la preuve) cherchent à capitaliser sur la peur. Selon Nigel Farage, les attaques de Paris sont une « conséquence du « multiculturalisme » et de l'« immigration incontrôlée » en Europe ». Le mouvement allemand Pegida (Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident), lui aussi, instrumentalise les événements à Paris et cherche à grossir ses rangs. Tous ces mouvements nationalistes contribuent grandement à ériger un état collectif et prolongé d’hystérie, de dépression et de paranoïa. Les frontières émotionnelles, érigées et nourries ainsi dans un espace qui se veut « sans frontières », peuvent avoir un impact désastreux sur la cohésion et donc la stabilité de celui-ci. En cédant à la peur envers l’Autre et généralisant la colère, les européens ouvrent une boîte de pandore, les frontières émotionnelles étant tout aussi importantes que les frontières physiques et topographiques dans la géopolitique.

Les débats sur le sujet des mesures à adopter ravivent également le Parlement européen. L’antagonisme gauche-droite se cristallise, entre défenses des libertés individuelles, d’un côté, et renforcement des contrôles, de l’autre. Instauration des barrières aux frontières (Nigel Farage), filtrage des personnes via des caméras grâce aux numéros d’immatriculation ou à une reconnaissance faciale (Axel Voss, député européen, CDU), optimisation de l’exploitation des renseignements au niveau européen (Rébecca Harms, co-présidente du groupe des verts au Parlement européen), stockage des données des passagers européens, etc. – autant de visions, autant de sujets de controverses à résoudre pour l’Union. Les débats restent à suivre. Dans tous les cas, ce qui est certain aujourd’hui c’est que les européens doivent désormais face à une nouvelle épreuve afin de maintenir la cohésion et la stabilité au sein de l’Union. Le caractère nouveau de cette épreuve ne tient pas à une multitude d’opinions différentes et la difficulté de trouver un compromis (ceci est plutôt habituel pour une « machine institutionnelle à 28 »), mais plutôt à un contexte inédit que l’Union connaît depuis une semaine.

Katia Zhuk, le 15 janvier 2015

La prochaine édition du Festival de géopolitique aura pour thème "A quoi servent les frontières?". Parmi les thèmes abordés: pertinence des frontières à l'heure de la mondialisation, frontières européennes, instrumentalisation des frontières, conflits transfrontaliers, etc.

Le programme du Festival sera prochainement mis en ligne sur le site du Centre d'études en géopolitique et gouvernance: http://www.centregeopolitique.com/v2/fr/7eme-edition

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Published by Katia Zhuk - dans Actualités
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